astronomie

Hippocampe, nouvelle venue au royaume de Neptune

Grâce à un traitement d’images sophistiqué, des astronomes lèvent le voile sur Hippocampe, le quatorzième satellite de Neptune

Et de 14! La planète Neptune compte un nouveau satellite, portant à 14 le nombre de lunes gravitant autour de la plus excentrée des planètes du Système solaire. Planète du dieu des mers oblige, elle a été nommée Hippocampe.

La nouvelle venue fait l’objet d’un article publié cette semaine dans la revue Nature. Elle avait été découverte en 2013 par des astronomes de l’Institut SETI en Californie, travaillant sur des images prises entre 2004 et 2009 par le télescope spatial Hubble. Initialement nommée S/2004 N 1, puis Neptune XIV, ce minuscule caillou d’environ 34 kilomètres de diamètre est aussi le plus petit satellite de Neptune.

Loin d’être fortuite, la découverte d’Hippocampe est le fruit d’une traque active

Avec une taille aussi modeste, pas étonnant qu’Hippocampe soit restée aussi longtemps cachée. Même la sonde spatiale Voyager 2, qui était passée non loin en 1989, l’avait ratée. Si Hippocampe ne parle qu’après cinq ans, c’est que les scientifiques n’avaient pas grand-chose à dire à son sujet. Outre sa taille, sa vitesse complique sa détection: elle gravite autour de Neptune en 23 heures. Enfin, son orbite est située à à peine 12 000 kilomètres à l’intérieur de celui de Protée, deuxième plus gros satellite de la planète, ce qui la dissimule régulièrement aux yeux des Terriens.

Sérendipité astronomique

Ce genre de contraintes classiques pour qui veut scruter de lointains et petits astres fait qu’ils sont souvent découverts par hasard, au détour d’autres observations. Mais pas cette fois: Mark Showalter et son équipe sont des spécialistes en la matière qui ont plusieurs satellites parmi leurs trophées et qui recherchaient activement la trace de satellites de Neptune.

Pour attraper Hippocampe, les astronomes ont méticuleusement analysé les images capturées par Hubble, tout en en ajoutant d’autres prises jusqu’en 2016. Ils ont pour l’occasion développé une technique de traitement informatique de l’image qui leur permet de pousser le temps d’exposition sans être perturbés par le phénomène de rémanence (l’effet rencontré lorsqu’un objet en mouvement, planète, voiture ou ballon, est flouté sur une photo). Ils ont ainsi pu obtenir des images correspondant à un temps d’exposition de 37 minutes au lieu des quelques minutes habituelles.

Malgré sa taille ridicule, Hippocampe intrigue les auteurs. Il se pourrait qu’elle provienne de Protée, qui possède à sa surface un grand cratère nommé Pharos. Mais il y a un hic: le volume d’Hippocampe ne représente que 2% de celui de Pharos. Le reste des débris devrait se situer non loin, sous forme d’un anneau de poussière – parfois poétiquement appelé anneau des fils de la Vierge – autour de Protée, or il n’y en aurait aucun. Le royaume de Neptune est décidément bien mystérieux aux yeux des mortels.

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