Manque, voire absence de formation, protection insuffisante: le Conseil de l’ordre des infirmiers espagnols a dénoncé mardi les «importantes erreurs» survenues autour de la première contamination par le virus hors d’Afrique. Ce rappel à l’ordre intervenait alors qu’à Madrid, des médecins déclaraient l’aide-soignante espagnole «guérie». Dès l’annonce de la contamination de cette femme le 6 octobre dernier à Madrid, «nous savions qu’on allait lui attribuer la faute», a déclaré le président de ce Conseil, Maximo Gonzalez Jurdado, en présentant à la presse un rapport sévère.

Lunettes n’empêchant pas la buée, masque respiratoire non auto-filtrant, simple blouse bleue de bloc opératoire totalement perméable et gants ne couvrant pas les poignets: vidéo à l’appui, il a égrené le manque de matériel et de formation pour les personnels de plusieurs hôpitaux espagnols.

Le Conseil affirme sans hésiter que la législation en matière de prévention des risques professionnels n’a pas été respectée et «qu’il n’y a pas eu une préparation suffisante au niveau» national. Exemple: «certains infirmiers ou infirmières ont, après leurs vacances, directement repris le travail à l’hôpital de Madrid et sont entrés dans la chambre des patients contaminés par l’Ebola sans avoir jamais reçu la moindre information ni le moindre entraînement».

A un moment donné, «sur les six infirmières ou infirmiers qui devaient intervenir directement, seuls quatre avaient suivi un cours de 15, 20, 30 minutes, et parmi ces quatre personnes, seulement deux avaient pu essayer la combinaison de protection. Les quatre autres sont entrés en ignorant comment la mettre ou l’enlever».

En France, le personnel des hôpitaux parisiens demande, lui aussi, davantage d’informations et de formation, notamment pour les urgences. Pour l’heure, seuls deux hôpitaux de la capitale ont été désignés pour la prise en charge d’éventuels porteurs du virus.

«Pour l’instant, on n’est pas très rassuré», estime Didier Chopelet, secrétaire général adjoint du syndicat CFDT AP-HP. «On a demandé à ce que tous les services qui seraient susceptibles d’être confrontés à des cas (urgences, services d’infectiologie, d’immunologie, de maladies tropicales, maternités) soient informés, formés et qu’ils aient le matériel utile à la prise en charge de ces patients», a-t-il argumenté, demandant que «le processus» soit «accéléré».

Si l’inquiétude grandit parmi le personnel soignant, des chercheurs du commissariat à l’énergie atomique de Marcoule, dans le Gard (sud-est de la France), ont mis au point un test de diagnostic rapide du virus, utilisable sur le terrain sans matériel spécifique, à partir d’une goutte de sang, de plasma ou d’urine, ont-ils indiqué.

Baptisé Ebola ezyscreen et d’un format similaire à celui des tests de grossesse, «ce test est capable de donner une réponse en moins de 15 minutes pour tout patient présentant des symptômes de cette maladie». A l’heure actuelle, les tests, basés sur la détection génétique du virus, prennent de 2h15 à 2h30. Un prototype sera disponible «d’ici fin octobre» pour permettre la validation clinique, ont précisé les chercheurs mardi.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a par ailleurs déclaré que les chiffres concernant les cas d’Ebola dans les trois pays les plus touchés (Sierra-Leone, Guinée et Libéria) étaient sous-évalués. «Est-ce que c’est 10%, 20% ? Je ne sais pas. Ce que nous savons, c’est que nous ne trouvons pas tous les cas», a déclaré à Genève une porte-parole de l’organisation.

Les trois pays cités représentent l’écrasante majorité des 9216 cas d’Ebola signalés dans sept pays. A ce jour, 4555 personnes ont officiellement perdu la vie à cause d’Ebola. Cette maladie est mortelle dans 70% des cas.