«Repartir avec l’équipage de STS-125? Bien sûr que je le ferais. Tant, en 1993 et 1999, j’ai eu le sentiment profond d’accomplir quelque chose de vraiment utile pour la communauté scientifique, mais aussi pour le public!» Cette fois, Claude Nicollier n’y sera malheureusement pas.

Ce lundi à 19h01 (heure suisse), Atlantis doit décoller pour une cinquième et dernière mission de maintenance du télescope spatial Hubble, un instrument «qui a révolutionné nos connaissances dans les domaines de l’astrophysique et de la cosmologie». Une mission non sans risques, puisqu’en cas de dégâts majeurs sur la navette spatiale son équipage ne pourra pas se replier dans la Station spatiale internationale, située sur une autre orbite. C’est pourquoi, sa «sœur» Endeavour se tient prête sur le pas de tir en Floride: dans le pire des scénarios, elle s’envolerait pour aller récupérer les sept passagers d’Atlantis dans ce qui constituerait une des manœuvres les plus délicates de la conquête spatiale.

Cette mission aura pour but de remplacer quatre des six gyroscopes de Hubble (qui servent à l’orienter dans l’espace) ainsi que ses batteries, et de réparer ou installer des instruments (spectromètre, nouvelle caméra à très grand champ). Ils permettront de remonter encore plus loin dans le temps, jusqu’à 500 millions d’années après le Big-Bang, il y a de cela 13,7 milliards d’années, en captant la lumière provenant du fin fond de l’Univers. Pour réussir ces manipulations complexes, à l’intérieur même du télescope, cinq sorties extravéhiculaires sont agendées.

Hubble – et ses 11 tonnes –, lancé en 1990, et devisé à 900 millions de dollars, a failli ne pas avoir la chance d’être réparé: en 2004, cette mission de maintenance avait d’abord été annulée, car considérée comme trop risquée après l’accident de la navette Columbia en 2003. Ce qui avait suscité l’ire des scientifiques, qui ont finalement convaincu le directeur de la NASA de l’agender à nouveau.

Dès septembre si la mission est un succès, et jusqu’en 2014, Hubble pourra reprendre son travail de photographe des plus beaux objets de ciel. Qui s’ajouteront à plus de 800 000 clichés déjà existants, et à ceux – les plus significatifs selon lui – que Claude Nicollier a choisis et commentés pour Le Temps.