Alimentation

Des huiles plus productives, mais aussi plus pauvres en vitamines

Des chercheurs fribourgeois ont découvert que les plantes qui synthétisent davantage d’huile dans leurs graines produisent beaucoup moins de vitamine E. La sélection de variétés plus productives va-t-elle entraîner une baisse de la qualité des huiles végétales?

La vitamine E est un micronutriment indispensable au bon fonctionnement de l’organisme. Elle n’est pas synthétisée par le corps lui-même et doit impérativement venir de notre alimentation, notamment par la consommation d’huiles végétales. La concentration en vitamine E est en effet particulièrement élevée dans les graines, notamment chez les oléagineuses du tournesol, du colza, du lin ou encore du sésame.

Problème: la sélection des oléagineux, qui privilégie des variétés toujours plus productives, pourrait entraîner une baisse de la quantité de vitamine E dans les huiles qui en découlent. C’est ce que suggèrent des chercheurs de l’Université de Fribourg (UNIFR) qui ont publié une étude dans la revue New Phytologist. En étudiant les mécanismes régulant la biosynthèse de la vitamine E chez les plantes, ces scientifiques ont découvert que les molécules qui servent de précurseur à la production d’huile et de vitamine E sont identiques. Autrement dit, les plantes qui synthétisent plus d’huile dans leurs graines accumulent beaucoup moins de vitamine E…

La sélection de variétés sur des critères esthétiques ou de production, l’agriculture intensive, la cueillette précoce, les processus de transformation ou encore l’appauvrissement de l’alimentation dans les élevages auraient des effets néfastes sur les nutriments présents dans la nourriture

Ces résultats inquiètent Laurent Mène-Saffrané, chercheur au département de biologie de l’UNIFR et un des auteurs de l’étude: «L’implication directe de cette découverte est qu’en sélectionnant des variétés de plantes oléagineuses toujours plus productives, on réduirait simultanément leur taux de vitamine E, et ceci pourrait avoir des conséquences importantes sur notre santé et sur la reproduction.» Or une carence en vitamine E peut entraîner des problèmes neurologiques et un risque important de fausse couche au cours du premier trimestre de grossesse.

Qualité nutritionnelle amoindrie

Les chercheurs fribourgeois ont effectué leurs observations sur Arabidopsis thaliana, une plante qui sert d’organisme modèle en recherche et génétique végétale. Ils étudient maintenant la sélection variétale pour savoir si elle induit réellement une diminution de la vitamine E chez les plantes cultivées.

La qualité nutritionnelle des aliments est un sujet sensible. La sélection de variétés sur des critères esthétiques ou de production, l’agriculture intensive, la cueillette précoce, les processus de transformation ou encore l’appauvrissement de l’alimentation dans les élevages auraient des effets néfastes sur les nutriments présents dans la nourriture. Mais les principales études faisant état de cette dégradation ont également été critiquées et contredites. Laurent Mène-Saffrané, lui, est convaincu de cette chute de qualité: «En revanche, les causes exactes ne sont pas connues. Cela pourrait être le résultat d’une sélection variétale, mais également d’un épuisement des sols.»

Pasqualina Riggillo, chargée d’enseignement à la filière nutrition et diététique de la Haute Ecole de santé Genève, ne s’alarme pas outre mesure du risque d’appauvrissement des huiles végétales. «Dans les huiles raffinées, le processus industriel de préparation fait de toute façon disparaître une partie des micronutriments. Souvent, des vitamines E de synthèse sont ajoutées à la fin du processus de fabrication», explique-t-elle. Grâce à son pouvoir antioxydant, la vitamine E assure ainsi la conservation du produit.

Varier les plaisirs

La diététicienne se veut rassurante: «La dose journalière recommandée de vitamine E est de l’ordre de 13 à 15 mg par jour pour un adulte. Une valeur très facilement atteignable dans nos pays occidentalisés et industrialisés», annonce-t-elle. Outre les huiles végétales, les principales sources de vitamine E de notre alimentation sont les graines, les margarines, les germes de blés, le soja, les fruits à coques, mais aussi dans une moindre mesure les légumes à feuilles vertes ou les poissons. «En consommant régulièrement une simple assiette de salade assaisonnée d’une huile de qualité, un avocat ou des olives, on absorbe une quantité significative de vitamine E», assure Laurent Mène-Saffrané.

Outre la vitamine E, les huiles végétales contiennent d’autres nutriments importants pour la santé, notamment des acides gras essentiels (oméga 3, 6 et 9) et des vitamines A, D et K dans des quantités variables. La diététicienne Mélanie Berrut conseille de varier les plaisirs, afin de minimiser les risques de carences. Ses suggestions? «En utilisation à chaud, privilégiez l’huile de colza de la variété HOLL pour sa résistance à la chaleur. Pour le reste, mieux vaut opter pour des huiles pressées à froid.»

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