corps

Les hyperandrogènes, ces femmes «trop masculines»

Désormais, les femmes athlètes disposant d’un taux de testostérone trop élevé devront le maintenir en dessous d’un certain seuil sous peine d’inéligibilité aux compétitions féminines d’athlétisme. Une décision lourde de sens qui amène à s’interroger sur le phénomène de l’hyperandrogénie

Mercredi dernier, l’athlète sud-africaine Caster Semenya a perdu l’une des étapes cruciales de la course qu’elle mène depuis près de dix ans contre les plus hautes instances sportives. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne a rejeté son recours à l’encontre des règles de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) qui oblige les athlètes hyperandrogènes, comme elle, à diminuer leur taux de testostérone. Tollé sur les réseaux sociaux où la plupart des internautes se sont indignés d’une décision jugée «raciste, sexiste et intersexophobe».

Notamment vulgarisé par l’univers de la mode, le terme d’androgyne renvoie souvent à ce style qui consiste à s’attifer de vêtements masculins et féminins. Le terme a pourtant une portée scientifique avant tout. Le petit Robert définit d’ailleurs la femme androgyne comme celle «dont la morphologie ressemble à celle d’un homme». Et l’hyperandrogénie dans tout ça?

Lire aussi: Caster Semenya, la discrimination positive

Une sécrétion d’androgène excessive

Chez la femme, l’hyperandrogénie se traduit par une production importante d’androgènes, substance provoquant une hausse du niveau de testostérone, hormone accroissant la masse musculaire et réputée améliorer les performances sportives notamment.

Deux types d’hyperandrogynie peuvent alors être distingués, l’une clinique, l’autre biologique, relève Julie Benard, médecin adjointe au Service de gynécologie aux Hôpitaux universitaires de Genève. La première peut se manifester par un hirsutisme (présence de poils de distribution masculine sur le dos, les fesses ou le visage), par de l’acné ou encore par une augmentation de la taille du clitoris. La seconde peut, quant à elle, se traduire par une hausse des androgènes présents dans le corps et amener à des troubles des cycles menstruels et de l’ovulation. Des traitements hormonaux adaptés permettent dès lors de limiter ce phénomène.

Un cas loin d’être isolé

C’est en 2009 que le monde découvre le cas de Caster Semenya. Cette Sud-Africaine d’à peine 18 ans va alors devenir l’une des figures du débat scientifique, médiatique et juridique autour de ces athlètes jugées trop «masculines». Pourtant la situation de l’athlète ne fait pas figure d’exception. D’autres sportives ont également été reconnues hyperandrogènes. C’est le cas de la Burundaise Francine Niyonsaba et de la Kényane Margaret Wambui. Idem pour la sprinteuse indienne Dutee Chand. Elle, était parvenue en 2015 à faire invalider par le TAS l’un des premiers règlements de l’IAAF. Le Tribunal avait alors donné deux ans à l’organisation pour présenter une étude scientifique prouvant la supériorité des athlètes hyperandrogènes.

En 2017, un rapport commandé par l’IAAF concluait que ce dérèglement leur donnait un avantage «significatif» dans certaines épreuves. Le professeur Chris Cooper, spécialiste de biochimie, avait d’ailleurs rappelé que les performances de Caster Semenya avaient décliné lorsqu’elle avait été obligée de prendre des médicaments pour faire baisser son taux de testostérone.

Débat éthique

Plusieurs membres de la communauté scientifique se sont par ailleurs positionnés en soutien à l’athlète sud-africaine, considérant qu’interdire les concours à ces femmes, à moins qu’elles ne réduisent leur taux de testostérone, reviendrait à interdire à des basketteurs de jouer, car ils étaient trop grands.

Ainsi, dans un article publié dans la revue médicale BMJ, les chercheuses canadienne et britannique Cara Tannenbaum et Sheree Bekker assurent que l’avantage conféré à ces coureuses par leurs hauts niveaux de testostérone n’est pas prouvé scientifiquement. Ces dernières ont relevé que chez les non-sportifs, les taux naturels de testostérone sont compris entre 9 et 31 nanomoles par litre de sang chez les jeunes garçons et les hommes, et 0,4 à 2 nmol/l chez les jeunes filles et les femmes.

Lire également: Caster Semenya, des épaules solides aux Jeux de Rio

Mais elles font valoir que chez les athlètes de haut niveau, les écarts entre les deux sexes sont moindres, et que certaines femmes sportives ont même des taux supérieurs à ceux de sportifs.

Publicité