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Hyperloop, un train à lévitation révolutionnaire au banc d'essai

Trois ans après l'annonce par Elon Musk d'un nouveau système de transport capable de relier Los Angeles et San Francisco en moins de 30 minutes, une des trois sociétés développant la technologie non brevetée vient, en deux jours, de faire entrer le fantasme dans le champ du possible

Kitty Hawk, 1903: les frères Wright font voler le premier avion dans un petit village de Caroline du Nord. Désert de Las Vegas, 2016: Hyperloop One, réalise son premier test de propulsion en plein air pour son futur train à sustentation électromagnétique, devant plusieurs centaines d'invités. Dans ce décor lunaire où l'homme a dompté le mur du son et testé sa première bombe nucléaire, la société californienne joue gros devant la presse et ses partenaires technologiques et financiers.

Deux ans après les premiers travaux d'ingénierie réalisés dans le garage de Brogan BamBrogan, co-fondateur et responsable technologique, il s'agit pour l'ex-«Hyperloop Technologies» de démontrer le bon fonctionnement de son système de propulsion à grande vitesse. Le mécanisme d'accélération magnétique constitue le premier chapitre technologique d'une utopie passée de la science-fiction à un embryon de réalité: des capsules circulant jusqu'à 1120 km/h sur des coussins d'air dans un tube à basse pression.

Le centre de contrôle de l'expérience est installé à côté de la tribune érigée pour les témoins de cette auto-proclamée révolution du transport, «qui démocratisera les opportunités dans une économie à la demande», dixit le CEO Rob Lloyd. Après le lancement d'un compte à rebours, un chariot a été propulsé sur 50 mètres à 640 km/h, avec une accélération de 2.4 g, soit deux fois celle de la pesanteur à la surface de la terre. Il a ensuite été freiné par un bac de sable. Utilisant des moteurs à induction linéaires, le système d'accélération venait en cinq secondes seulement de prouver sa viabilité, du moins sur le banc d'essai.

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Dans sa bataille technologique et économique avec son principal concurrent Hyperloop Transportation Technologies, une des deux autres sociétés commerciales qui développent la technologie Hyperloop, Hyperloop One avait depuis un an forcé sur les présentations publiques fanfaronnes. Les effets d'annonce demandaient des preuves concrètes, elles sont venues mercredi 11 mai. Le projet de recherche industriel open-source et collaboratif lancé par Elon Musk, fondateur de Tesla et SpaceX, semble donc entre de bonnes mains.

«Ce qui est impressionnant avec Hyperloop One, c'est sa capacité à valider aussi rapidement, test après test, chacun des composants unitaires», constate le Français Mathieu Dunant, membre du directoire de Systra, filiale d'ingénierie de la SNCF et de la RATP, les entreprises ferroviaires françaises respectivement du métro parisien, et désormais partenaire d'Hyperloop One. «Les technologies de chaque sous-système unitaire n'ont rien de délirantes, elles ont déjà été éprouvées dans diverses configuration. Le défi est donc d'arriver à en faire un système de transport économiquement fiable et un assemblage de composants qui puisse assurer une sécurité maximum», détaille l'expert.

Deux partenaires suisses 

Quelques minutes plus tôt, Brogan VamBrogan annonçait fièrement un nouveau test public en plein air avant la fin de l'année. Cette fois, la chariot ira jusqu'à 1120 km/h dans deux kilomètres de tubes de 3,3 m de diamètre. Le système d'accélération sera alors éprouvé dans cet environnement protégé et hermétique qui sur le papier, doit réduire la déperdition d'énergie cinétique et démarquer Hyperloop de la voiture, du train et de l'avion. Ce sera la deuxième étape d'un processus d'essais qui doit selon Hyperloop One rendre son projet opérationnel d'ici 2019 pour le fret, et dès 2021 pour le transport de particuliers. 

Pour atteindre cet objectif ambitieux, Hyperloop One avoue avoir besoin du soutien d'un écosystème créatif et financier. Mardi 10 mai, veille de la propulsion en plein air, la start-up aux 150 salariés annonçait fièrement le lancement d'un concours participatif mondial, l'Hyperloop One Global Challenge, visant à récolter des idées technologiques ou d'implantation pour les futurs sites d'Hyperloop. Les vainqueurs seront connus en mars 2017.

Lors de cette même conférence de presse, Shervin Pishevar, co-fondateur et président du conseil d'administration, s'est félicité d'avoir levé 80 millions de francs auprès de 10 investisseurs – dont la SNCF en France – et noué des «partenariats mondiaux», notamment avec le groupe suisse Amberg, expert dans l'infrastructure de transport et les tunnels. Autre partenaire helvétique révélé officiellement, l'association Cargo sous terrain (CST), qui vise à transférer le transport de marchandises de la route dans un tunnel. Deux touches helvétiques qui ne manquent pas d'en rappeler une troisième, celle de SwissMetro, un projet très similaire à Hyperloop, mais souterrain, qui a été pensé il y a plusieurs décennies déjà, mais qui n'a jamais été concrétisé.

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