«Arrête de copier!», voilà une phrase qui n’aurait aucun sens dans une école de singes vervets. Car lorsqu’il s’agit d’apprendre, ces singes sont les champions de l’imitation. Un nouveau savoir se diffuse ainsi très rapidement au reste du groupe. Les membres les plus haut placés dans la hiérarchie sont des modèles privilégiés, comme le montre une étude publiée dans la revue Nature Communications.

La transmission du savoir est un sujet qui passionne la primatologue Erica van de Waal, de l’Université de Lausanne. Ses recherches se focalisent sur les singes vervets. Elle a été pionnière pour transposer les méthodes d’étude de laboratoire aux singes sauvages en Afrique du Sud.

Couvercle ou tiroir

Dans cette nouvelle étude, la primatologue et son équipe ont retracé le chemin de la transmission d’un savoir au sein des groupes de singes. Pour cela, ils ont disposé sur le territoire des animaux des boîtes contenant chacune une rondelle de pomme, un véritable trésor durant la période hivernale. Mais pour atteindre cette friandise, ils devaient apprendre à soulever un couvercle ou alors à tirer un tiroir.

Les chercheurs ont observé dans deux groupes quels étaient les singes qui réussissaient les premiers à ouvrir les boîtes, avec quelle technique et surtout quels congénères les observaient. Cette étude nécessitait de reconnaître à distance tous les individus. «J’ai d’abord passé un mois à apprendre à les identifier» raconte Charlotte Canteloup, postdoctorante dans le laboratoire d’Erica van de Waal, qui est restée au total treize mois en Afrique du Sud.

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Les analyses révèlent que les singes ont bien appris les uns des autres à ouvrir la boîte. Mais aussi qu’ils ne copiaient pas n’importe qui! Ils choisissaient en priorité d’imiter la technique d’ouverture des membres de plus haut rang social, indépendamment de leur lien de parenté, du sexe et de l’âge des individus.

«Modèles à suivre»

On sait que les singes dominants ont la fâcheuse tendance à monopoliser les boîtes. Cela expliquerait-il aussi qu’ils soient plus copiés? A priori non, d’après les chercheurs. D’abord, parce que huit boîtes étaient déposées simultanément, ce qui laissait des boîtes libres pour les autres singes.

Ensuite, les analyses montrent que les singes dominants ne sont pas plus observés! «Les observations des individus de plus haut rang ne sont pas plus fréquentes, mais elles ont plus de poids», explique Charlotte Canteloup. «Le prestige des individus les désigne comme modèles à suivre. Les individus haut placés dans la hiérarchie pourraient être considérés comme particulièrement doués ou détenteurs d’un savoir.»

«Dans les sociétés humaines, les personnes considérées comme ayant un certain prestige jouent souvent un rôle crucial dans la propagation de mœurs. Nos résultats suggèrent que ces règles puisent leurs racines dans l’évolution que nous partageons avec nos cousins primates», conclut Erica van de Waal.