C’est la question que de nombreux parents de jeunes enfants se posent: le retour à la crèche ou à l’école risque-t-il d’être marqué par une sensibilité accrue aux maladies infantiles, faute d’exposition à des pathogènes durant deux mois? En d’autres termes, le confinement a-t-il pu avoir un impact sur le système immunitaire de nos bambins?

«Il est possible que la maturation du système immunitaire des plus petits ait quelque peu été retardée par le confinement, mais uniquement de manière transitoire», rassure Géraldine Blanchard Rohner, médecin adjointe à l’Unité d’immunologie vaccinologie pédiatrique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Globalement, cette parenthèse de deux mois ne devrait donc pas avoir d’impact sur les réponses du système immunitaire des enfants en bonne santé. «Deux cas de figure peuvent se présenter, détaille Pierre-Alex Crisinel, médecin associé au sein de l’Unité d’infectiologie pédiatrique du CHUV, à Lausanne. Soit l’enfant a déjà été exposé au préalable à un virus donné et aura développé une immunité mémoire contre le pathogène en question, soit il fait face à un nouveau virus ou bactérie et dans ce cas la réponse pourra sensiblement varier en fonction de la maturité de son système immunitaire.»

Système évolutif

Il faut en effet savoir que le système immunitaire évolue au cours de la vie. Immature chez le nouveau-né – qui est protégé les premiers mois par les anticorps maternels –, celui-ci se développe progressivement pour atteindre son apogée à l’adolescence, raison pour laquelle les jeunes adultes sont en principe davantage protégés contre les infections. Avec l’âge qui avance, survient un déclin – aussi appelé sénescence immunitaire –, qui tend à prédisposer les personnes âgées à un risque plus élevé d’infections virales et bactériennes aiguës.

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«De manière générale, le système immunitaire mûrit progressivement durant les premières années de vie, tout en étant exposé aux pathogènes environnants, explique Géraldine Blanchard Rohner. Les enfants créent ainsi un répertoire d’anticorps et de cellules mémoires pour une variété de microbes dont certains se ressemblent, ce qui pourrait possiblement expliquer qu’ils aient été moins touchés par le SARS-CoV-2 que les adultes. Les enfants sont en effet plus enclins aux infections, cela étant dû au fait qu’ils observent des règles d’hygiène moins strictes ou qu’ils ont des contacts plus rapprochés avec d’autres petits. Ils présentent ainsi davantage d’anticorps contre les virus respiratoires, qui pourraient leur conférer une protection partielle contre ce nouveau coronavirus.»

S’il arrive à maturation de manière autonome, le système immunitaire apprend donc également à se défendre en réaction aux pathogènes rencontrés. Cette mémoire immunitaire, ou réponse immunitaire acquise, peut durer de quelques mois à quelques années pour les coronavirus notamment, ou persister tout au long de la vie, comme pour la poliomyélite ou la varicelle.

Moins de virus, mais…

Un autre point devrait aussi rassurer les parents. Effet collatéral du confinement, de nombreux virus saisonniers qui devaient normalement circuler durant cette période, ont vu leur évolution naturelle être freinée par les mesures de distanciation physique.

«Cela semble notamment être le cas pour le virus de la grippe saisonnière, dont la courbe épidémique a été cassée par le confinement, observe Pierre-Alex Crisinel. Un même effet de tassement pourrait également avoir eu lieu avec les entérovirus, responsables de pathologies infantiles comme la maladie pieds-mains-bouche et les rotavirus à l’origine des gastro-entérites.»

Les deux spécialistes mettent néanmoins en garde contre un autre effet collatéral du confinement, négatif celui-ci: le possible retard dans la vaccination de base des enfants. Un phénomène qui a notamment été constaté de manière massive aux Etats-Unis ces deux derniers mois, poussant le gouvernement à déclarer l’état d’urgence.

«En Suisse aussi, il est possible que nous ayons pris du retard, s’inquiète Géraldine Blanchard Rohner. Bien que la Société suisse de pédiatrie ait insisté sur le fait qu’il n’y ait aucune contre-indication à vacciner durant la pandémie, on sait que certains parents ont voulu à tout prix éviter les cabinets médicaux et les hôpitaux durant la pandémie. Un tel retard chez une trop grande proportion de la population infantile pourrait potentiellement avoir de graves conséquences et entraîner la réapparition de maladies qui ont passablement reculé en Suisse ces dernières décennies grâce aux vaccins, mais qui circulent toujours, comme la rougeole. C’est la raison pour laquelle il est impératif de ne pas retarder les vaccins en raison de la pandémie actuelle.»