Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Impact (7mm de diamètre) d'un débris de quelques micromètres sur une des vitres de la Station spatiale internationale, mis en image par l'astronaute anglais Tim Peake

ESPACE

Impact révélateur sur une vitre de la Station spatiale internationale

L'objet, probablement en métal, ne faisait que quelques micromètre, mais il a causé un impact de plusieurs millimètres sur une des lucarnes de l'ISS. Une illustration pratique de la problématique des déchets spatiaux

Tik! Le léger bruit de l’impact d’un petit objet sur un pare-brise, laissant parfois une trace bien visible. Sauf qu’ici – et c’est ce qui rend cette image impressionnante – la vitre en question n’est pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de celle d’un engin naviguant à 27600 km/h: la Station spatiale internationale (ISS). L’impact fait environ 7 mm de diamètre. Quant au projectile, selon l’Agence spatiale européenne ESA, c’est probablement un fragment de métal gros de quelques micromètres, soit quelques millièmes de millimètres seulement.

Ce cliché a été pris par l’astronaute anglais Tim Peake dans la coupole, le poste d’observation avancé de l’ISS.

L’image vient rappeler une problématique récurrente mais banale à laquelle sont confrontés tous les vaisseaux spatiaux envoyés dans le cosmos, temporairement ou non: celle des débris spatiaux. «Heureusement que les vitres de la coupole ont quatre couches!», s’est exclamé l’astronaute européen.

Problème bien connu

Le problème est assez bien connu. Depuis le Spoutnik russe en 1957, environ 5000 lancements ont eu lieu, plaçant en orbite quelque 6000 satellites, dont seul un faible pourcentage est encore en opération. Et quelque 240 explosions ont eu lieu en orbite. Tout cela sans compter divers objets de tous types, des pans entiers d’engins spatiaux ou de panneaux solaires abandonnés jusqu’aux éclats de peinture ou déchets de carburants. Bref, un spectre très large de déchets qui tournent autour de la Terre.

Il y aurait ainsi en orbite terrestre environ 30 000 objets de plus de 10 cm de diamètre, les plus dangereux, qui sont répertoriés et suivis de près. Et environ 760 000 dont la taille varie entre 1 et 10 cm. Sans même parler des quelque 160 millions de fragments de l’ordre du millimètre, qui peuvent facilement rendre hors d’usage un instrument ou un système de vol sur un satellite. Dans l’espace, à cause des vitesses faramineuses auxquelles peuvent se déplacer les objets, tous ceux qui sont plus gros qu’un dé à coudre peuvent ainsi pénétrer le blindage de l’ISS; il n’est d’ailleurs pas rare que les astronautes, suite à une alarme d’impact possible, doivent se réfugier dans une aile de la station spatiale.

Et le nombre de ces déchets ne cesse d’augmenter, au fur et à mesure des lancements bien sûr, mais aussi des collisions entre engins importants – il y en a eu moins de dix à ce jour, la dernière en 2009 lorsque deux satellites (l’un américain, l’autre russe) se sont télescopés. Cette pollution se loge à diverses altitudes. Les objets situés à quelques centaines de kilomètres de la Terre ont de fortes chances d’y retomber d’ici peu, freinés qu’ils sont par les couches supérieures de l’atmosphère. Mais leur nombre est maximal entre 700 et 900 km. Le reste se trouve sur l’orbite géostationnaire, à 36 000 km, où volent les satellites de télécommunication.

Syndrome de Kessler

Afin d’éviter toute catastrophe, et surtout le fameux «syndrome de Kessler» – des collisions en cascades infinies entre débris issus de précédents chocs –, les scientifiques imaginent déjà des solutions. Parmi les projets postulés, e. DeOrbit de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), sorte de filet géant qui récupérerait les objets les plus volumineux avant de les rejeter dans la zone atmosphérique, où ils se consumeraient d’eux-mêmes; la mission devrait être lancée en 2021. Au Swiss Space Center basé à l’EPFL, les ingénieurs travaillent sur Clean Space One, un microsatellite doté d’une pince capable de faire le même travail de nettoyeur de l’espace.

Lire aussi: Unité suisse pour nettoyer l’espace

De manière générale, «l’ESA est à la pointe dans le développement et l’implémentation de lignes directrices permettant de minimiser les débris spatiaux, souligne Holger Krag, le responsable du Space Debris Office à l’agence. Ces guidelines sont appliquées sur toutes les nouvelles missions de l’ESA et incluent le largage de carburants dans des réservoirs et le déchargement de batteries afin d’éviter toute explosion. Nous nous assurons aussi que tout satellite puisse rentrer dans l’atmosphère et se désintégrer à la fin de sa mission.» Autant d’initiatives qui n’ont donc qu’un seul but: éviter que la proche banlieue orbitale de la Terre ne devienne définitivement une zone infranchissable.

Lire aussi: «Il devient urgent de nettoyer l’espace»


Vidéo: Comment chanter dans la Station spatiale internationale

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST