INFECTIOLOGIE

Les infections sexuellement transmissibles sont de retour chez les jeunes

En Suisse, un jeune sur dix a déjà été diagnostiqué pour une infection sexuellement transmissible. Pour autant, ce danger reste largement ignoré, alors même que les comportements à risque se multiplient

En ce début d’été, c’est une nouvelle mise en garde que lancent les experts à destination des jeunes. Gonorrhée, chlamydiose, syphilis, VIH, papillomavirus, hépatites (souvent oubliées de la liste): telles sont les principales infections sexuellement transmissibles (IST). Problème: elles restent négligées voire méconnues du public, et surtout des jeunes. Ce, alors même que les données disponibles montrent une recrudescence du nombre de cas diagnostiqués, en particulier chez les moins de 30 ans.

«Les efforts de prévention faits dans les années 1990 et 2000 sont en train de s’essouffler», déplore le docteur Maxime Vallée, urologue au CHU de Poitiers (France), dans un communiqué de l’Association française d’urologie (AFU). La nouvelle génération, en effet, est «moins inquiète vis-à-vis des IST que ne l’étaient les générations qui ont grandi à une époque où aucune thérapeutique ne permettait de traiter le VIH».

La méconnaissance des jeunes sur les IST est considérable. Ils confondent tout.

Matthias Cavassini, infectiologue

«Ce sentiment de sécurité, joint à la diminution des campagnes de prévention, est probablement à l’origine d’une recrudescence de l’ensemble des IST, ajoute l’urologue. Ces infections flambent chez les jeunes, notamment dans certaines populations comme les homosexuels ou bisexuels masculins.»

Populations à risque

En Suisse, près de 10% des jeunes de 24 à 26 ans ont déjà été diagnostiqués, très majoritairement pour une infection par Chlamydia (40% des diagnostics) et par le papillomavirus (HPV, 31%). C’est ce que révèle une enquête menée en 2018 par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive (IUMSP) et le Groupe de recherche sur la santé des adolescents (GRSA).

Un essor des IST est aussi acté par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Chez les 20-24 ans, de 2009 à 2018, les chlamydioses dépistées sont passées de 2017 à 3294, les gonorrhées de 167 à 442. «Cet essor est assez inquiétant», reconnaît le professeur Matthias Cavassini, médecin chef de la consultation ambulatoire des maladies infectieuses
 au Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne.

La population la plus exposée est constituée des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. «Un tel homme sur cinq est porteur d’une de ces 4 IST (gonorrhée, chlamydiose, syphilis, VIH)», indique Florent Jouinot, coordinateur romand de l’Aide suisse contre le sida. «La méconnaissance des jeunes sur les IST est considérable. Ils confondent tout», se désole Matthias Cavassini. Ils croient que ces infections ont disparu, qu’un vaccin existe contre l’hépatite C (ce qui est faux) ou encore qu’en allant chez le gynécologue les jeunes femmes se font systématiquement dépister pour toutes les IST. Il y a donc «un énorme travail de sensibilisation à faire auprès des jeunes».

Dépistage onéreux

Principale raison de cette flambée d’IST: les comportements à risque, dont un plus rare emploi du préservatif, bien que le phénomène semble limité en Suisse. Par ailleurs, le préservatif ne confère qu’une protection partielle. «Il protège bien contre le VIH. Mais il ne protège pas contre les infections par voie orale liées aux gonocoques, à la syphilis ou au HPV», affirme Matthias Cavassini. Or les pratiques sexuelles se diversifient. «La fellation n’est plus réservée aux prostituées ou aux hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes. Il en va de même pour la pénétration anale», assure Florent Jouinot. Autre facteur favorisant: les applications de rencontre, qui multiplient le nombre de partenaires sexuels potentiels.

Alors, quel recours? «La vaccination (HPV et hépatite A et B) et le dépistage sont les seules stratégies efficaces», plaide Florent Jouinot. «Les trois quarts des personnes avec une IST sont asymptomatiques», renchérit Matthias Cavassini. Or, même si elles passent inaperçues, ces infections peuvent laisser des séquelles, notamment des stérilités chez les femmes.

De plus, les personnes infectées sont autant de vecteurs de transmission. «Il faut traiter ces personnes pour éradiquer le réservoir de germes.» Encore faut-il les dépister. Or le dépistage des IST, pour les trois sites d’infection potentielle (génital, oral, anal), reste coûteux. «Il faut militer pour un moindre coût du dépistage», insiste Matthias Cavassini. Certes, les cantons romands hébergent au moins un centre de dépistage à moindre coût. Mais l’offre reste insuffisante.

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