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environnement

Des initiatives citoyennes pour produire moins de CO2

Les CRAG (Carbon Rationing Action Groups) et les Conversations carbone visent à encourager les particuliers à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Des expériences pilotes créées en Grande-Bretagne avant d’être importées en Suisse

Fonte des glaciers en Amérique du Sud, dégradation de la qualité nutritive des aliments, incendies de grande ampleur… Pas une semaine ne passe sans que le flot de nouvelles concernant les impacts du réchauffement climatique vienne nous submerger. Malgré cela, il reste encore difficile, pour les particuliers, de réduire à l’échelle individuelle leurs émissions de C02, raison pour laquelle différentes initiatives – telles que les Carbon Rationing Action Groups (CRAG) et les Conversations carbone – ont vu le jour. Lancés en Grande-Bretagne, ces mouvements ont depuis été implantés notamment en Suisse et en France.

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Restreindre sa consommation d’énergie n’est pas une idée neuve. Déjà au XXe siècle, des politiques volontaristes de rationnement avaient été mises en place en Europe lors des deux guerres mondiales, puis lors du choc pétrolier de 1973. Par la suite, dans les années 1990, face à la gravité de la crise écologique, deux intellectuels britanniques proposèrent la mise en place d’une carte carbone au Royaume-Uni. Celle-ci consistait en «un quota annuel de droits d’émission de C02 remis à chaque personne qui conditionnait toute consommation d’essence, de gaz, d’électricité ou de fioul», explique Mathilde Szuba, docteure en sociologie de l’environnement et maître de conférences en science politique à Sciences Po Lille. Ce projet a été soutenu en Grande-Bretagne dans les années 2004 à 2008 par les ministres de l’Environnement des gouvernements Tony Blair et Gordon Brown… avant d’être laissé de côté lors de la crise financière de 2008.

Collectifs locaux

Le mouvement des CRAG, né en Grande-Bretagne en 2005, a été inspiré par ce projet de carte carbone. Constitués en réseaux de collectifs locaux, les CRAG se réunissent, par petits groupes, pour tenter de diminuer ensemble leurs émissions individuelles de gaz à effet de serre en s’imposant un rationnement volontaire. Leur objectif? Démontrer qu’il est possible de réduire considérablement leur empreinte carbone.

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«Ils conçoivent leur engagement comme un moyen de militer en faveur de la mise en place d’une politique publique de rationnement de l’énergie», poursuit Mathilde Szuba. En 2010, on recensait environ 600 membres inscrits répartis dans une trentaine de villes de Grande-Bretagne. Les CRAG mettent à disposition de leurs membres, outre le partage d’expérience et le soutien amical, un tableau Excel permettant de connaître son empreinte carbone en convertissant ses consommations d’énergie en quantités de C02 émises.

Les Conversations carbone induiraient des économies allant, en moyenne, d’une à trois tonnes de C02 par personne et par année

Les études montrent que les premières mesures adoptées (changer sa chaudière, remplacer ses anciennes fenêtres par des doubles ou triples vitrages) sont les plus aisées car elles ne remettent pas en cause le confort de son mode de vie. Les choses se compliquent – et les tensions familiales surgissent – quand les «Craggers» prennent conscience qu’améliorer l’efficacité énergétique est insuffisant et que l’auto-limitation et la sobriété vont être indispensables. A savoir remiser le plus souvent possible sa voiture au garage, voire y renoncer définitivement, et réduire drastiquement, voire supprimer, ses déplacements en avion. Ces dernières années, nombre de militants des CRAG ont rejoint d’autres initiatives citoyennes comme le mouvement des villes en transition ou les Conversations carbone.

Surmonter le sentiment d’impuissance

Inventées en Grande-Bretagne par Rosemary Randall, psychanalyste et psychothérapeute, et Andy Brown, ingénieur, un couple vivant à Cambridge, les Conversations carbone ont pour objectif d’aider les participants à réduire fortement leurs émissions de carbone en leur permettant de surmonter leur sentiment d’impuissance, souvent lié à des résistances intérieures et sociales.

Cette initiative se compose de six ateliers participatifs de deux heures chacun, échelonnés sur une période de quatre mois. Sont abordés, tour à tour, les moyens d’atteindre un avenir sobre en carbone, l’énergie chez soi, les voyages et la mobilité, l’alimentation et l’eau, la consommation et les déchets. Ces sessions sont organisées au sein de petits groupes de huit personnes, accompagnés chacun par deux facilitateurs. Lors du sixième atelier, les participants doivent adopter un plan de réduction de leurs émissions.

Lire: Protéger le climat, ça paie

Les Conversations carbone, considérées en 2009 par le journal The Guardian comme un des moyens les plus efficaces de lutter contre le changement climatique, induiraient des économies allant, en moyenne, d’une à trois tonnes de C02 par personne et par année, selon des études reposant sur des auto-évaluations. Cette méthode a été importée en 2011 en Suisse puis en France, à l’initiative des animateurs de LaRevueDurable. A ce jour, une dizaine de groupes ont déjà suivi une Conversation carbone en Suisse romande.

«Une autre a lieu en ce moment et neuf autres vont se lancer à l’automne», précise Jacques Mirenowicz, corédacteur en chef de la publication de LaRevueDurable et codirecteur, avec Susana Jourdan, de l’association Artisans de la Transition, qui pilote l’initiative. «Les Conversations carbone aident les participants, dans un cadre de respect mutuel et d’écoute, à mettre leurs convictions et leurs valeurs en accord avec leur mode de vie, ce qui n’est pas rien», souligne-t-il.


Pour s’inscrire à un cycle complet de Conversations carbone en Suisse romande: adressez votre courriel à philippe.solms@artisansdelatransition.org

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