C’est un des événements météorologiques les plus choquants et meurtriers dans un été 2021 très tourmenté: les 14 et 15 juillet, des pluies torrentielles ont entraîné de spectaculaires crues en Allemagne, en Belgique mais aussi dans une moindre mesure en Suisse, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Autriche. Cette catastrophe a fait au moins 190 morts en Allemagne et 38 en Belgique, et occasionné des milliards d’euros de dégâts.

Une nouvelle analyse rendue publique le 24 août confirme le rôle majeur joué par le changement climatique dans ces événements. Les scientifiques du World Weather Attribution (WWA), qui regroupe des experts de divers instituts de recherche dans le monde, dont la Suisse, estiment que la survenue d’un tel épisode a été rendue entre 1,2 et 9 fois plus probable par le réchauffement dû à l’activité humaine. Le changement climatique a également «fait augmenter la quantité de pluie sur une journée d’entre 3% et 19%», selon leurs conclusions.

Probabilité et intensité accrues

Il s’agit de la deuxième étude pointant clairement le réchauffement dans les catastrophes naturelles qui se sont multipliées cet été. Le WWA avait déjà calculé que le «dôme de chaleur» qui a suffoqué le Canada et l’Ouest américain fin juin aurait été «presque impossible» sans les effets du changement climatique. Ce type d’études dites «d’attribution» se concentrent sur un événement donné pour déterminer à quel point il est lié au réchauffement.

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Pour les 39 scientifiques internationaux réunis sous la bannière du WWA, pas de doute: «Le changement climatique a accru la probabilité, mais également l’intensité» des événements de juillet, a souligné, lors d’une présentation en ligne, Frank Kreienkamp, du service météorologique allemand, qui a piloté l’étude. L’épisode a «largement battu les records de précipitations historiquement enregistrés» sur les zones touchées, soulignent les chercheurs.

La multiplication des précipitations intenses est une conséquence attendue du réchauffement, puisqu’un phénomène physique fait augmenter l’humidité de l’atmosphère d’environ 7% pour chaque degré supplémentaire. Or dans cette région du monde, la température s’est déjà accrue de 1,2°C depuis la période préindustrielle.

Les auteurs ont fait tourner différents modèles climatiques, avec ou sans réchauffement lié aux activités humaines, pour estimer comment le changement climatique a affecté le volume maximal de précipitations sur une durée d’un ou deux jours dans les régions les plus touchées, les bassins des rivières Ahr et Erft en Allemagne et la vallée de la Meuse en Belgique.

Une fois tous les 400 ans

Ils ont aussi répété l’exercice sur une région plus vaste recouvrant ces deux pays, ainsi que les Pays-Bas voisins, affectés dans une moindre mesure. Difficile à vérifier à une échelle locale où la variabilité des précipitations est importante, la tendance à un accroissement des précipitations extrêmes est apparue clairement à l’échelle de l’Europe de l’Ouest.

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Les scientifiques ont évalué la probabilité de survenue en Europe occidentale d’un tel épisode à une fois tous les 400 ans. Or cette probabilité va encore augmenter avec le réchauffement. Il est «important de savoir comment nous réduisons la vulnérabilité à ces épisodes et leurs impacts, a souligné un des auteurs, Maarten van Aalst, directeur du Centre climatique de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Car «malheureusement, les gens sont souvent prêts… mais pour le précédent désastre.»

L’Allemagne va devoir consacrer 30 milliards d’euros à la reconstruction des zones sinistrées et la catastrophe y a placé la question de l’urgence climatique au centre du débat public à quelques semaines d’élections décisives fin septembre pour la succession de la chancelière Angela Merkel.

Début août, les experts climat de l’ONU (GIEC) avaient eux aussi sonné l’alarme dans un rapport choc, pointant un réchauffement de la planète encore plus rapide et plus fort qu’on ne le craignait, menaçant l’humanité de désastres sans précédent. Le seuil de +1,5°C – objectif idéal à ne pas dépasser selon l’Accord de Paris – pourrait ainsi être atteint autour de 2030, soit dix ans plus tôt qu’estimé.

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