La page d'accueil de l'Inpaku 2001 (http://www.inpaku.go.jp), la cyberexposition internationale lancée par le gouvernement japonais en décembre dernier, ne manque pas de piquant. Le premier ministre Yoshiro Mori en personne y accueille les visiteurs d'un percutant «bienvenue» en japonais, alors que ses compétences en matière de technologie de l'information sont réputées ridiculement faibles.

L'an dernier, lors de la présentation au parlement d'un programme national de promotion d'Internet, le chef du gouvernement avait reconnu ignorer la signification d'une bonne partie des termes techniques prononcés dans son discours. Beaucoup d'internautes nippons se sont d'ailleurs plaints, depuis le démarrage de l'Inpaku, du côté peu convivial de cette cybermanifestation. Les présentations des différentes rubriques sont tristes. Les liens supposés mener aux «pavillons» privés fonctionnent une fois sur deux. La publicité faite à cette initiative est restée jusque-là très modeste.

L'In-paku (la cyberfoire en japonais) 2001 a pourtant vu le gratin de l'archipel se pencher sur son berceau. Jusqu'à son départ du gouvernement en décembre dernier, son principal promoteur n'était autre que le ministre de la Planification économique, Taichi Sakaiya, connu pour être l'un des grands avocats des nouvelles technologies au Japon. Toutes les grandes entreprises industrielles nipponnes ont répondu présent et chacune d'entre elles a ouvert, à la mi-décembre, un pavillon à thème. Mais la relative pénurie d'informations en anglais reste problématique. Les sites les plus étoffés sont tous en japonais, et apparaissent donc truffés de caractères bizarres et incompréhensibles sur les écrans des internautes de la planète. «Pour le moment, l'Inpaku est surtout un rendez-vous nippo-japonais, reconnaît Jun Shibata, du groupe Matsushita-Panasonic. Le caractère international de cette cyberexpo reste à démontrer.»

Le nombre de connexions revendiquées par les responsables des différents cyber- pavillons n'est toutefois pas négligeable. Le publicitaire Hisao Tsugita, concepteur du site «Smilennium» du groupe Matsushita, affirme que 10 000 personnes le visitent chaque jour. Une partie de ces connexions provient d'abonnés à l'Imode, le système d'accès à Internet sur téléphone mobile, très populaire dans l'archipel. L'Imode, commercialisé par la société NTT Docomo, compte environ vingt millions d'abonnés au Japon qui peuvent accéder sans difficultés à l'Inpaku. Tous les pavillons de l'exposition sont disponibles en version Imode allégée. La technologie «par paquets» (lire le supplément Sciences et multimédia du 30 janvier 2000), qui permet de surfer sur des sites à partir de son mobile sans être facturé tant qu'aucune donnée n'est échangée, favorise les connexions et les visites de curiosité. L'un des sites les plus intéressants parmi le millier de pavillons accessibles via l'Inpaku est justement celui de Matsushita. Chose assez nouvelle pour un groupe industriel de cette ampleur, le pavillon développé par Hisao Tsugita n'a rien de commercial. Aucune promotion n'y est faite pour les produits Panasonic. Matsushita a choisi, pour son site, le thème du sourire et de la plaisanterie. Le site de la firme abrite une compétition «d'anime», ces petits dessins animés très courts, populaires au Japon. N'importe quel dessinateur peut proposer sa production aux responsables du pavillon qui se chargent ensuite de le mettre en ligne. Les internautes donnent leur avis. «Nous voulions être le plus interactifs possible, explique Hisao Tsugita. Notre site officiel suffit pour assurer la promo de nos produits.»

Une autre partie du site «Smilennium» est constituée, comme son nom l'indique, d'une collection de photos de sourires envoyés des quatre coins du globe. Une petite planète où clignotent des dizaines de points jaunes figure sur la page d'accueil. Chaque point signale une photo. Pour l'heure, la majorité des clichés provient d'Asie et d'Australie. Aucun Européen n'a encore envoyé sa photo, ce que déplore Tetsuya Imamura, Webmaster: «Smilennium est une idée très japonaise. En Europe, les internautes hésitent encore à envoyer des photos sur Internet, mais nous espérons que la glace va se briser. Si les milliers de connectés à Inpaku nous envoient chacun une image, nous ferons sourire la planète.»

Le gouvernement japonais a investi des sommes importantes dans les infrastructures. Tous les individus désireux de faire figurer leur site sur Inpaku peuvent obtenir un hébergement gratuit pour un an, puisque cette cyberexpo prendra fin en décembre 2001. Une série de manifestations sont aussi prévues au Japon tout au long de l'année. Le gouvernement japonais espère en particulier voir s'accroître le nombre de pavillons étrangers, aussi bien institutionnels qu'individuels. Les meilleurs «exposants» seront récompensés, en fin d'année, lors d'un cyberconcours organisé par les autorités.