Alimentation

Insectes, nouvelles étiquettes, allergènes... Quoi de neuf dans nos assiettes?

Le nouveau droit alimentaire suisse est entré en vigueur le 1er mai. Passage en revue des dispositions les plus significatives

Apprêtez vos papilles: le nouveau droit alimentaire suisse est entré en vigueur le 1er mai, avec au menu plusieurs changements notables dans la législation. La nouvelle réglementation a pour objectif de favoriser les échanges de marchandises avec les pays membres de l’Union européenne. Désormais, les industriels pourront mettre des produits alimentaires sur le marché s’ils prouvent que les exigences légales sont respectées. Auparavant, seules les denrées alimentaires explicitement spécifiées dans les ordonnances étaient autorisées. Si cet aspect concerne avant tout les professionnels, le nouveau droit comprend aussi des dispositions intéressantes pour les consommateurs. Sélection.

1. Manger des insectes est désormais autorisé

Vous reprendrez bien quelques vers de farine frits à la poêle? Cette alléchante proposition ne relève plus de la science-fiction: depuis le 1er mai, l’élevage et la vente d’insectes en tant que nourriture sont autorisés en Suisse. Plus exactement, trois types d’insectes peuvent désormais figurer à vos menus: les larves de vers de farine, les grillons domestiques et les criquets migrateurs. Au goût de citron ou de noisette, ces petites bêtes sont consommables entières, par exemple sous forme de chips, ou réduites en morceaux et intégrées à des produits transformés tels que boulettes ou lasagnes.

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Les insectes font partie des traditions alimentaires de plusieurs régions du monde, mais la Suisse est le premier pays à légiférer sur ce thème en Europe. Un récent sondage réalisé par la Haute Ecole des sciences agronomiques, forestières et alimentaires (HAFL) suggère que près de 10% des Suisses seraient intéressés par cette nouvelle offre.

Barbara Pfenniger, responsable de l’Alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC), suggère toutefois d’être attentif à la provenance de ces produits: «Les insectes destinés à l’alimentation humaine doivent être élevés et nourris dans des conditions précises, sinon il y a un risque qu’ils véhiculent des bactéries, des résidus de pesticides ou encore des métaux lourds, dangereux pour la santé. La loi prévoit un encadrement sévère des élevages en Suisse, mais il y a moins de garanties concernant les insectes produits à l’étranger.» La FRC souhaite également que la présence d’insectes soit dûment estampillée dans les produits transformés, afin qu’elle ne passe pas inaperçue auprès des acheteurs…

2. Plus de transparence sur les produits de la mer

La majorité des poissons et fruits de mer proposés sur les étals ou à la carte en Suisse est issue de sources non durables: ils font l’objet d’une pêche trop intensive, qui empêche le renouvellement naturel des populations et mène à court ou moyen terme à leur épuisement. Les élevages de poissons peuvent aussi avoir un lourd impact sur l’environnement, entraînant de la pollution et la destruction d’habitats. Alors comment choisir son poisson sans faire de mal à la planète? Le nouveau droit alimentaire prévoit un étiquetage plus transparent de ces produits dans les poissonneries et restaurants, précisant la zone de pêche et la méthode de capture. Il devra être mis en place d’ici une année.

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«Ces informations sont cruciales pour qui souhaite privilégier des poissons et fruits de mer durables, indique François Chartier, chargé de campagne pour les océans chez Greenpeace France. Toutes les méthodes de capture ne se valent pas: par exemple la pêche à la ligne est moins destructrice que la pêche au chalut. La provenance du poisson est aussi importante, car une espèce peut être surexploitée dans une zone et mieux préservée dans une autre.» Il reste cependant difficile pour le commun des mortels de faire la différence entre un bar commun pêché dans l’Atlantique centre avec une ligne à canne – dont la consommation est jugée acceptable – et un autre bar commun pêché en Méditerranée avec des filets maillants – à éviter à tout prix! La solution pour s’y retrouver: se munir d’un guide d’achat des poissons et fruits de mer, mis à disposition notamment par Greenpeace et le WWF. Les labels bio ou MSC (Marine Stewardship Council) sont par ailleurs à privilégier.

3. Un affichage nutritionnel (un peu) amélioré

Mélasse, fructose, lactose, acides gras saturés, huile végétale hydrogénée… Bien malin qui comprend quelque chose à la composition des aliments industriels! Le nouveau droit alimentaire se promet d’améliorer la situation: ce n’est plus seulement la liste des ingrédients qui devra figurer sur l’emballage des aliments, mais aussi leur valeur nutritionnelle, soit la composition détaillée en protéines, glucides, lipides et sel. Indispensable pour accéder au marché européen, cet affichage nutritionnel apparaît déjà sur un certain nombre de produits en Suisse.

Sa généralisation à l’ensemble des denrées emballées constitue-t-elle une réelle avancée? Les experts sont dubitatifs. D’une part, ces nouvelles pratiques ne seront pas mises en place avant un délai transitoire de quatre ans. D’autre part, les fabricants auront la possibilité d’opter pour une déclaration nutritionnelle restreinte, ne comportant pas l’ensemble des informations.

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«L’affichage de la teneur en sucres ajoutés et en graisses saturées demeure optionnel, alors qu’il s’agit des principales valeurs d’intérêt en matière de santé publique, souligne la pédiatre responsable du programme Contrepoids des Hôpitaux universitaires de Genève, Nathalie Farpour-Lambert, qui est présidente-élue de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité. Par exemple, les céréales pour enfants peuvent contenir jusqu’à 50% de sucres ajoutés. Il faudrait que cette information apparaisse clairement sur le devant des emballages!»

Peut mieux faire, donc, pour la Suisse, alors que certains pays européens se montrent beaucoup plus proactifs. La Grande-Bretagne a ainsi introduit une signalétique rouge-orange-verte rappelant les feux de circulation, pour permettre aux acheteurs de se faire une idée de la valeur nutritionnelle des produits en un coup d’œil. Quant au tout récent «Nutri-Score» français à cinq couleurs, il fonctionne selon le même principe que l’affichage des performances environnementales sur les appareils électriques. Bon à Savoir s'est justement basé sur cette signalétique dans son application gratuite NutriScan. Elle offre une évaluation de la valeur nutritionnelle de plus de 20 000 produits vendus dans les commerces suisses. 

4. Allergènes, arômes artificiels et nanomatériaux

Plusieurs autres dispositions du nouveau droit alimentaire sont à signaler. Une bonne nouvelle pour les personnes allergiques d’abord: à partir du 1er mai 2018, les entreprises de restauration devront informer correctement les clients sur les allergènes présents dans les plats qui leur sont proposés. Les renseignements pourront être obtenus oralement auprès du personnel.

Une moins bonne nouvelle pour les tout-petits: les arômes artificiels seront désormais systématiquement autorisés dans les aliments pour bébés. Jusqu’à présent, les fabricants devaient demander une autorisation pour en ajouter. «Il est regrettable d’habituer des enfants si petits à des arômes artificiels. Il est scientifiquement prouvé que cela influence les préférences alimentaires de manière durable», déplore Barbara Pfenniger.

Une semi-bonne nouvelle enfin pour l’ensemble des consommateurs: les nanomatériaux manufacturés ajoutés aux aliments devront être indiqués sur les emballages. Les professionnels de l’agroalimentaire emploient depuis de nombreuses années des substances de taille nanométrique, car elles confèrent des propriétés intéressantes à leurs produits. C’est le cas notamment des nanoparticules de silice, couramment utilisées comme additif anti-agglomérant.

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Cependant, les éventuels risques pour la santé de ces particules n’ont été que peu étudiés. «L’indication de la présence de nanomatériaux manufacturés est une avancée majeure pour les consommateurs, estime Barbara Pfenniger. Toutefois, il y a là aussi un bémol: l’Union européenne connaît la même règle, mais pour le moment aucun aliment n’est étiqueté «nano». Il n’y a pas encore de consensus sur les matériaux concernés par cette obligation.»

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