Entomologie

Inversion sexuelle chez des insectes brésiliens

Les femelles de l’espèce Neotrogla ont un pénis alors que les mâles sont pourvus d’un ersatz de vagin. Il s’agit du premier cas d’inversion d’organes génitaux décrit dans le règne animal

Des chercheurs genevois, brésiliens et japonais ont découvert au Brésil un insecte cavernicole femelle doté d’un pénis érectile, tandis que le mâle a une sorte de vagin. Si des inversions des rôles sexuels sont répertoriés en biologie, il s’agit du seul exemple d’inversion des organes génitaux, selon ces travaux publiés jeudi dans la revue Current Biology.

La copulation de cet insecte ailé de l’ordre des psoques et du genre Neotrogla - qui compte quatre espèces - dure entre 40 et 70 heures et le mâle se trouve sous la femelle. Durant ce laps de temps, celle-ci enfonce son organe appelé «gynosome» dans la chambre génitale du mâle où il reçoit généreusement des gélules de nourriture et de sperme.

Une fois à l’intérieur du mâle, la membrane du gynosome enfle et des piquants s’y trouvant ancrent les deux insectes ensemble, à tel point qu’il est impossible de les séparer sans arracher l’abdomen du mâle. Le «pénis» est plus ou moins recourbé et plus ou moins épineux selon les espèces. Au repos, il se trouve à l’intérieur de l’abdomen de la femelle.

Sélection inversée

Les scientifiques supposent que cette inversion des rôles - investissement accru du mâle dans la reproduction - et des organes est due à une «sélection sexuelle inversée» dans l’environnement cavernicole pauvre en ressources. En plus du sperme, les mâles fournissent aux femelles des nutriments, ce qui crée une compétition entre ces dernières et les incite à s’accoupler fréquemment.

Le genre Neotrogla et ses quatre espèces ont été décrits dans la Revue suisse de zoologie en 2010 et 2013 par Charles Lienhard, conservateur honoraire du Muséum d’histoire naturelle de Genève, également co-auteur de ces nouveaux travaux. L’insecte adulte mesure entre 2,7 et 3,7 millimètres, ressemble à une petite mouche, et vit dans des grottes sèches de l’est du Brésil.

Expérimentation de la nature

Interrogé par l’ATS, Charles Lienhard explique que ce sont des insectes très anciens. Il y voit «comme une expérimentation de la nature, un succès évolutif sous des conditions particulières». Dans ces cavernes en effet, il est vital pour la femelle d’avoir accès aux nutriments fournis par le mâle, elle s’est donc dotée d’un attribut permettant de le «capturer».

Les scientifiques comptent maintenant élever une population de Neotrogla en laboratoire - probablement au Japon - afin de les étudier de plus près.

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