Préoccupante, voire carrément catastrophique. Il va sans dire que la Suisse est actuellement dans une situation peu enviable en comparaison internationale. Non seulement le pays a connu, ces dernières semaines, une progression extrêmement rapide des cas de Covid-19, mais l’incidence y est aussi parmi la plus importante au monde, avec une moyenne totale à 1000 cas pour 100 000 habitants sur les deux dernières semaines. Le point avec Jacques Fellay, professeur associé à l’EPFL et au CHUV et membre de la task force Covid-19 de la Confédération dans le groupe d’experts Données et modélisations.

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Le Temps: A la fin de l’été, la situation semblait sous contrôle, comment a-t-on pu la laisser se dégrader de la sorte?

Jacques Fellay: En réalité, l’impression d’une situation estivale sous contrôle est trompeuse. De manière stricte, l’augmentation des cas était déjà exponentielle à ce moment-là, mais elle n’a pas suscité d’inquiétudes au sein de la population, car le nombre de cas restait faible et le rythme de progression était plus lent qu’actuellement, où l’on observe un doublement des cas, mais aussi des hospitalisations et des décès, toutes les semaines.

En tant que membres de la task force, nous avons essayé, déjà en juillet et en août, d’alerter les autorités sur le fait que cette situation ne serait pas tenable à moyen terme et que l’automne serait compliqué. On sait en effet qu’avec la saison froide les gens vivent plus à l’intérieur et que le virus se transmet plus facilement lorsque des personnes sont réunies dans une même pièce. A fortiori lorsque cette dernière est mal ventilée et en l’absence de masques.

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Les chiffres de ces derniers jours semblent montrer un léger ralentissement des nouvelles infections, peut-on s’y fier?

Il faut rester très prudent quant à l’interprétation de ces chiffres parce que, compte tenu de la situation, le report du nombre de cas à l’OFSP par les cantons se fait avec encore plus de retard que d’habitude. Il est donc prématuré de parler de bonne nouvelle.

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Selon vous, sans des mesures fortes, nous allons au-devant de semaines très difficiles. Que doit-on faire?

Chaque individu doit minimiser ses contacts, car la probabilité de rencontrer une personne contagieuse est très importante en ce moment. Pour autant, cela serait, selon moi, une erreur d’appliquer les mêmes mesures indifférenciées de confinement qu’au printemps. Sur un plan scientifique, nous pourrions évidemment vaincre le virus en enfermant tout le monde, mais il ne faut pas perdre de vue que nos sociétés doivent également survivre à cette pandémie. Par exemple, tout le monde s’accorde à dire que fermer les écoles aurait un impact, mais on estime aussi que le bénéfice que cela apporterait n’est pas suffisant pour justifier le tort que cela ferait à toute une génération d’enfants. Mais attention, le prix à payer pour garder les écoles ouvertes, c’est de prendre des mesures plus strictes par ailleurs, qui doivent permettre de réduire les opportunités de transmission de manière rapide.

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