Le célèbre généticien américain James Watson, qui avait tenu en 2007 des propos controversés sur l’intelligence des Noirs, a vendu jeudi aux enchères à New York sa médaille de Prix Nobel décernée en 1962 pour 4,75 millions de dollars, dans l’espoir de remettre ses finances à flot et de se racheter une réputation.

James Watson, généticien et biochimiste américain âgé aujourd’hui de 86 ans, avait co-obtenu le Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962 après avoir co-découvert en 1953 la structure en double hélice de l’ADN, l’une des découvertes scientifiques majeures de l’histoire de l’humanité.

Mais en 2007, il avait été très critiqué pour des propos au Sunday Times laissant entendre que les Africains étaient moins intelligents que les Occidentaux: «Toutes nos politiques sociales sont fondées sur le fait que leur intelligence est la même que la nôtre – alors que les tests disent que ce n’est pas tout à fait ça», avait-il dit. Pour lui, «les gens qui ont affaire avec des employés noirs savent que tout le monde n’est pas égal». Des propos qui avaient immédiatement déclenché une belle polémique – et qui l’avaient contraint à démissionner de ses fonctions de président du Cold Spring Harbor Laboratory (CHSL) de Long Island, près de New York.

James Watson s’est encore excusé mercredi, dans un courriel cité par le New York Times , pour ses propos de 2007. «Je ne peux pas me défaire de ça. J’espère que j’ai fait plus attention quand j’ai parlé de sujets à propos desquels je n’étais pas un spécialiste.»

Le quotidien affirme que le généticien cherche par cette vente la réhabilitation. Il avait avoué la semaine dernière au Financial Times qu’il vendait sa médaille parce qu’il avait besoin d’argent, après avoir été exclu de plusieurs sociétés.

Selon le FT, le généticien veut reverser une partie de l’argent de ces ventes aux institutions qui l’ont soutenu pour tenter de se racheter une réputation. Il voudrait ainsi aider l’Université de Chicago, où il fut admis comme undergrad quand il avait juste 15 ans, mais aussi l’Université de l’Indiana, où il a passé son doctorat, Cambridge, où il a travaillé sur la double hélice avec Crick, et son laboratoire à Cold Spring Harbor. L’argent doit servir à financer la recherche scientifique. Il est très courant aux Etats-Unis que les alumni, les anciens élèves d’une institution, fassent des dons à leurs établissements d’origine une fois qu’ils sont devenus riches et célèbres.

Succès de la vente aux enchères

Cette médaille Nobel, selon la maison Christie’s, est la première jamais vendue aux enchères du vivant de son lauréat. Elle avait été estimée de 2,5 à 3,5 millions de dollars. Elle est partie en quelques minutes. Les enchères, démarrées à 1,5 million de dollars, ont grimpé à 3,4 millions en deux minutes, pour s’achever à 4,1 millions, soit 4,757 millions après les taxes.

La médaille d’or 23 carats, de 6,6 cm de diamètre représentant le profil gauche d’Alfred Nobel, était présentée dans son coffret d’origine au nom de M. Watson.

Christie’s a aussi vendu jeudi les notes manuscrites de M. Watson pour son discours de remerciement lors du banquet Nobel du 10 décembre 1962. Estimées entre 300 000 et 400 000 dollars, ces cinq pages ont été adjugées pour 365 000 dollars avec les taxes.

M. Watson avait aussi participé le lendemain à une conférence Nobel, dont le manuscrit corrigé de 46 pages, estimé à entre 200 000 et 300 000 dollars, est parti pour 245 000 dollars, taxes incluses.

Sur la Toile, certains médias et certains internautes sont dubitatifs et soupçonnent le vieux scientifique de se faire de la publicité à bon compte et de vouloir faire oublier d’autres de ses frasques plus anciennes.