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Au Japon, un sous-terrain géant anti-inondation

De gigantesques infrastructures ont été construites près de Tokyo pour évacuer les surplus d’eau lors des crues. La construction a représenté un défi technique

Au Japon, un souterrain anti-inondation

Ingénierie De gigantesques infrastructures ont été construites près de Tokyo pour évacuer les surplus d’eau lors des crues

A une trentaine de kilomètres au nord de Tokyo, les inondations provoquaient régulièrement des gros dégâts dans la région de Saitama. Entre 1982 et 1996, à cinq reprises, des milliers, voire des dizaines de milliers d’habitations ont été inondées par les crues en raison des typhons et des tempêtes. La topographie des lieux est comparable à une cuve où l’eau des pluies s’accumule. De surcroît, l’urbanisation galopante a accentué les risques d’inondation. Contrairement aux rizières, les habitations ne permettent plus à l’eau des pluies de s’écouler facilement dans les sols.

Fort de son expérience dans la gestion des catastrophes naturelles, le gouvernement japonais a financé dès 1993 la construction du Metropolitan Area Outer Underground Discharge Channel. Baptisé «projet G-Can», ce système anti-inondations novateur, le plus grand au monde, est situé sous une route nationale. Les travaux ont duré treize ans. Le coût total de l’infrastructure s’est élevé à environ 2,5 milliards de francs.

Le défi consistait, lors de précipitations extrêmes, à récolter le surplus d’eau de plusieurs rivières afin de la transférer dans le fleuve Edo-gawa. «La construction de G-Can a constitué un challenge à tous les niveaux, car ce type d’infrastructure n’existait nulle part ailleurs. Nous avons dû construire un tunnel de plus de dix mètres de diamètre (ndlr.: le diamètre des voies du Gothard mesure entre 8 et 9 mètres) et de 6,3 kilomètres de long à une profondeur de 50 mètres, ce qui n’avait été jamais fait auparavant. Une foreuse spéciale munie d’un bouclier pour la protéger a ainsi dû être construite pour le creusement de ce tunnel», explique Eiichi Oosu, responsable de G-Can.

Sa construction a permis aussi l’émergence d’une nouvelle technique. Développée par six entreprises, elle consiste à joindre les segments du tunnel sans utiliser de boulons. Ainsi, le temps de construction a pu être réduit significativement. Cette méthode est d’ailleurs devenue un standard dans la construction de grands tunnels. Celui du système anti-inondation permet de relier cinq silos d’environ 70 mètres de profondeur et de 32 mètres de diamètre. Leur grandeur serait suffisante pour y introduire un vaisseau ­spatial.

Avant d’être rejetée dans le fleuve Edo-gawa, l’eau est stockée dans un immense complexe sous-terrain en béton. Centre névralgique du système anti-inondation, il permet de réguler la pression avant le transfert dans le fleuve Edo-gawa. Merveille architecturale, elle ressemble à un temple. Ses dimensions sont impressionnantes: 177 mètres de long, 78 mètres de large et 18 mètres de haut. La structure est soutenue par 59 piliers. Chacun d’entre eux pèse 500 tonnes, soit l’équivalent d’une quinzaine de camions. «Ces derniers permettent de fixer la structure. Il faut se représenter cet espace comme un bateau. Sans ces piliers, il flotterait dans le sous-sol», explique Eiichi Oosu.

En cas de nécessité, le tunnel peut déverser jusqu’à 200 m3 d’eau par seconde dans le fleuve Edo-gawa, soit l’équivalent d’une piscine de 25 mètres. Pour le pompage et le rejet de l’eau, une turbine d’une puissance de 14 000 chevaux, soit 20 moteurs de Formule 1, ainsi que 78 pompes ont été construites.

La surveillance du système anti-inondation est assurée depuis une salle de contrôle par trois employés. Une vingtaine d’écrans permettent de visualiser différents endroits cruciaux de l’installation. Des informations sur le niveau des eaux ou des précipitations, via des caméras, sont ainsi en tout temps disponibles. «Mais tout n’est pas automatisé ici. En cas de fortes précipitations, les trois employés doivent se relayer pour assurer une surveillance 24h/24 et si besoin activer les pompes», explique le chef de G-Can.

La période la plus critique se situe entre juin et novembre, durant la transition entre la saison des pluies et celle des typhons. Les autres mois sont essentiellement consacrés à la maintenance de l’infrastructure.

«En moyenne, notre équipe est mobilisée sept fois par an, relève Oosu Eiichi. A chaque fois que les silos et les tunnels sont utilisés, nous constatons des dégâts. Ils sont inévitables en raison des fortes crues. Les coûts s’élèvent entre 150 000 et 225 000 francs à chaque fois que le système est activé. Ils sont toutefois nettement moins élevés qu’en cas d’inondations. On ne peut pas éviter les dommages sur les maisons, comme ce fut le cas en juin 2014 où les pluies ont été les plus fortes depuis le début des opérations de G-Can. Mais notre système permet de limiter considérablement les dégâts.»

Signe de succès: Le système anti-inondation intéresse l’étranger. Des experts de Thaïlande et de Singapour se sont rendus au Japon pour l’étudier. «Les pays qui n’ont pas assez de place pour construire en surface, souvent en raison d’une forte urbanisation, sont les plus intéressés par notre technologie de prévention des inondations», conclut Eiichi Oosu.

«La construction a constitué un challenge à tous les niveaux, car ce type d’infrastructure n’existait pas ailleurs»

La période critique se situe entre juin et novembre, entre la saison des pluies et celle des typhons

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