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Le pavot des Alpes occidentales.  
© Monika Betley / Wikicommons / CC

Biodiversité

Des jardins refuges pour les plantes en voie de disparition

Certaines plantes sauvages ne subsistent plus dans des jardins botaniques. Comment faire pour les préserver, et peut-être un jour les rendre à leur milieu d’origine? Dans le cadre de l’événement Botanica 2017, des botanistes dévoilent leurs projets

Ce sont les dernières de leur espèce. Après la destruction de leur environnement, certaines plantes n’existent plus ou presque plus à l’état sauvage. Elles ne survivent que dans des jardins botaniques, qui tentent d’éviter leur disparition totale grâce à différents projets. Ces délicates opérations de sauvetage, cruciales pour la préservation de la biodiversité végétale, sont au cœur de l’événement Botanica 2017, le mois des jardins botaniques, qui se tient actuellement dans toute la Suisse.

Lire aussi notre éditorial:  Biodiversité: une course contre la montre

La flore helvétique a beaucoup souffert de la dégradation des milieux naturels au cours du siècle passé, à tel point qu’aujourd’hui un tiers des plantes suisses sont menacées. Plus de cent espèces végétales sont même au bord de l’extinction, alors que cinquante-cinq d’entre elles sont d’ores et déjà considérées comme éteintes.

«Certains groupes de plantes sont particulièrement en danger, explique Gregor Kozlowski, directeur du jardin botanique de l’Université de Fribourg. C’est le cas notamment des plantes aquatiques, dont 70% sont menacées. Leurs milieux naturels se sont fortement dégradés du fait, entre autres, de la pollution de l’eau.»

Conservation «ex situ»

Comment protéger ces plantes fragiles? «Une première approche consiste à cartographier les zones où elles subsistent et à faire en sorte que les conditions y demeurent aussi favorables que possible, grâce à diverses mesures d’entretien. Ce n’est qu’en dernier recours qu’on opte pour la conservation ex situ, c’est-à-dire hors du milieu d’origine», relate Raoul Palese, en charge de la conservation aux Conservatoire et Jardin botaniques de Genève (CJBG), qui célèbrent cette année leurs 200 ans d’existence.

Délicate plante aquatique aux fleurs blanches, la renoncule de Rion a ainsi quasi disparu de Suisse. Quand quelques plants ont été retrouvés au bois de Finges (VS), certains ont été prélevés pour être cultivés à Genève. Des graines sont désormais conservées dans la banque de semences des CJB, la seule de Suisse pour les plantes sauvages. Si un site propice à la petite renoncule est identifié, ces graines pourraient fournir des plantons pour le repeupler.

Un programme de conservation ex situ nécessite une grande quantité de travail, que ce soit pour récolter, cultiver et multiplier l’espèce, puis éventuellement la replacer dans la nature, souvent après des travaux de réaménagement. Seuls les plus grands jardins botaniques peuvent mener ce type d’action. «Nos moyens ne nous permettent d’avoir qu’un à deux projets de conservation ex situ par année», indique ainsi Gregor Kozlowski. Qui souligne le défi que cela représente: «Il faut identifier les conditions de culture adéquates permettant à chaque plante sauvage de croître et se multiplier dans un jardin. Nous comptons beaucoup sur le savoir-faire de nos jardiniers pour y parvenir.»

4000 plantons réintroduits

Les programmes de réintroduction de plantes ne sont pas toujours couronnés de succès, loin de là. Mais les botanistes peuvent tout de même faire valoir un certain nombre de réussites. Le nénuphar nain, relique des temps glaciaires, ne poussait plus que dans quatre lacs en Suisse. Un programme de multiplication coordonné par le jardin botanique de l’Université de Fribourg a permis de renforcer une de ces populations et d’en créer une nouvelle. La littorelle, plante qui apprécie les berges lacustres en pente douce, a été réintroduite à Chens-sur-Léman en Haute-Savoie, à partir de plants prélevés sur les rives du lac de Constance, grâce aux efforts conjoints des CJBG et d’un pépiniériste français.

Lire aussi: Le nénuphar nain, fragile héritage des temps glaciaires

Et les projets continuent: «Jeudi 13 juillet, nous allons planter quelque 4000 plantons de graciole officinale dans les marais de Sionnet, dans le canton de Genève. Si cette intervention échoue, nous arrêterons ce projet. C’est la dernière chance pour la graciole», raconte Raoul Palese. Quant à Gregor Kozlowski, il encadre un nouveau projet autour du pavot des Alpes occidentales, une plante qui pousse en altitude sur des éboulis et qui ne subsiste qu’à de rares emplacements dans les cantons de Fribourg et de Vaud.

«Parfois, on me demande si je n’ai pas l’impression de jouer à Dieu en déterminant quelles sont les plantes qui auront le droit de survivre et celles qui vont disparaître, s’amuse le biologiste d’origine polonaise. Mais ce n’est pas moi qui choisis. Les espèces prioritaires sont déterminées par la Confédération et nos programmes menés en collaboration avec les cantons.»

Dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, et plus particulièrement de la Stratégie mondiale pour la conservation des plantes, la Suisse s’est notamment engagée à ce que 75% des plantes menacées soient conservées ex situ, dont 20% disponibles pour des réintroductions. On est encore loin du compte.


Agenda

L’événement Botanica se termine dimanche 16 juillet. Plusieurs animations sont encore prévues, dont une jeudi 13 juillet de 14h à 15h30 au CJBG, sur les plantes menacées de Suisse. Programme à consulter sur le site de la manifestation.

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