A ce jour, plus de deux millions de personnes sont entièrement vaccinées en Suisse. Parmi elles, une partie a souffert, à la suite de la première ou deuxième piqûre, d’effets plus ou moins pénibles au point de contacter son médecin traitant, qui lui-même a communiqué ces symptômes à Swissmedic, l’Institut suisse des produits thérapeutiques. Ce dernier recense à ce jour plus de 2700 annonces d’effets indésirables, une majorité étant considérée comme «non grave». A quoi doit-on s’attendre et quand faut-il s’inquiéter? Le point sur la question.

Lire aussi: «Et toi, t’as eu tes deux doses?»: l’«étiquette vaccinale»… et le risque de plomber les conversations

■ Avoir de la fièvre est-il normal?

Tout vaccin, dans la mesure où il provoque une réaction immunitaire, peut engendrer de la fièvre, des maux de tête, des nausées ou des douleurs musculaires. C’est aussi ce que provoque d’ailleurs chez certains le vaccin contre la grippe. Les vaccins contre le Covid-19 administrés en Suisse, à savoir celui de Moderna et le Comirnaty de Pfizer et BioNTech, sont des vaccins à acides nucléiques: ils poussent les cellules du patient à fabriquer la protéine spike du coronavirus, afin que l’organisme se sente attaqué et se mette à produire des anticorps qui pourront résister pendant plusieurs mois à l’infection. Comme ces produits sont très efficaces, il est normal que la réaction soit présente. Pour Swissmedic, avoir de la fièvre est considéré comme un effet «grave». Mais Philippe Eggimann, président de la Société vaudoise de médecine, précise: «De la fièvre et des douleurs, 48 heures après l’injection, ne sont pas un problème! Cela veut dire que votre réaction immunitaire est adéquate.»

■ Comment faut-il soigner ces symptômes?

«Avec du paracétamol, explique Philippe Eggimann. Si la fièvre dure plus longtemps et ne passe pas bien, vous pouvez prendre un anti-inflammatoire, mais ce n’est pas idéal car il pourrait diminuer la réaction immunologique.»

■ Faut-il s’alarmer si le bras est rouge et gonflé?

Le phénomène, bien documenté, se nomme en anglais covid arm: à l’endroit de la piqûre, le bras peut être gonflé et chaud et la peau présenter une couleur rouge, avec éventuellement des démangeaisons. Là non plus rien d’alarmant, avec un peu de paracétamol cela devrait s’atténuer. A Genève, le vaccinologue Alessandro Diana a également noté un gonflement des ganglions sous l’aisselle ou même parfois dans le cou, chez certains patients, plus d’une semaine après l’injection. «C’est dans les ganglions qu’a lieu la réponse immunitaire, mais aussi cellulaire. S’ils gonflent cela signifie que les soldats s’entraînent à se battre contre la maladie.» Si cela devient trop douloureux et ne passe pas après plusieurs jours, il ne faut pas hésiter à aller consulter son médecin traitant.

■ Y a-t-il davantage de réactions avec le vaccin de Moderna?

Le nombre total de réactions déclarées à Swissmedic est presque deux fois plus grand avec le Moderna qu’avec le Comirnaty – 4323 contre 2656, respectivement. Mais pour Alessandro Diana, il faut prendre ces chiffres avec des pincettes, car ils pourraient être liés à des effets statistiques. A Lausanne, Philippe Eggimann confirme cependant des effets accentués avec le Moderna, qui semble davantage dosé.

■ Qu’en est-il des myocardites?

Début juin, Swissmedic avait reçu 12 déclarations de myocardites, périmyocardites et péricardites, des inflammations des muscles du cœur, après une vaccination contre le Covid-19 – sur 5 millions de doses administrées. Celles-ci se manifestent fréquemment par des douleurs et des palpitations. A titre de comparaison, indique l’autorité, «l’incidence des myocardites est évaluée à 22 cas pour 100 000 environ, alors que celle des infarctus aigus du myocarde est de 227 pour 100 000 en Suisse, soit dix fois plus.» Sur le sujet, la recherche est encore en cours au niveau mondial. Pour Alessandro Diana, ces myocardites pourraient être liées à d’autres virus en circulation actuellement. De même, on les détecterait plus facilement car la pharmacovigilance sur les vaccins est excellente.

■ Combien de personnes sont décédées après avoir été vaccinées?

Selon Swissmedic, 90. Leur moyenne d’âge dépassait les 83 ans et elles souffraient toute d’affections préexistantes. «Selon les dernières conclusions toutefois, ces décès étaient dus, en dépit de leur concordance temporelle avec la vaccination, à des maladies dont l’apparition n’a rien à voir avec la vaccination (infections, événements cardiovasculaires ou maladies des poumons et des voies respiratoires, etc.)» Des autopsies sont en cours.

Lire également: Les personnels de santé et de cuisine ont été les plus touchés par le Covid-19

■ Si les effets sont forts, cela veut-il dire que je suis mieux protégé contre le Covid-19?

«Collectivement oui, mais individuellement non», répond le médecin vaudois Philippe Eggimann. Comprenez: ce n’est pas parce que vous avez été fatigué plusieurs jours que vous pouvez vous passer de la deuxième dose, ou que les anticorps vous protégeront du virus pendant plus d’un an.

■ Les jeunes ressentent-ils davantage d’effets indésirables?

«En principe, les études d’enregistrement montrent que les réactions systémiques typiques à la vaccination, comme la fièvre, la fatigue ou les maux de tête, ont tendance à se produire un peu plus fréquemment chez les jeunes (18-55 ans) que chez les personnes plus âgées (56-85 ans)», confirme Swissmedic. Pour la bonne raison que le système immunitaire est plus vif chez les jeunes que chez les personnes âgées.

■ Est-il vrai que les femmes souffrent plus d’effets indésirables?

Près de 70% des déclarations d’effets indésirables à Swissmedic proviennent de femmes. Pour Alessandro Diana, celles-ci «semblent avoir un système immunitaire plus performant. D’ailleurs, la mortalité liée au Covid-19 a été moins forte chez elles que chez les hommes.»

■ Que signifie une réaction forte après la première injection?

Au contact avec les patients, Philippe Eggimann et Alessandro Diana sont d’accord: dans ce cas, il se peut que le patient ait déjà contracté le Covid-19. Swissmedic n’en a aucune preuve et cite l’Institut allemand Robert Koch: «Les données disponibles à ce jour n’indiquent pas que la vaccination après une infection antérieure serait problématique ou associée à des risques.» Pour Philippe Eggimann cependant, de tels effets ne doivent pas être ignorés car ils pourraient décourager les gens de faire leur deuxième dose ou les inciter à refuser le rappel qui pourrait être proposé l’année prochaine. «En France, la Haute autorité de Santé vient de conseiller de réaliser des tests sérologiques systématiquement, afin de savoir si quelqu’un a déjà eu le coronavirus, et ainsi ne lui donner qu’une dose de vaccin, dit-il. La Suisse pourrait faire pareil: le prix que cela coûterait serait compensé par l’économie sur les injections non-nécessaires.»

■ Comment s’informer sur les effets indésirables?

En théorie, des informations sont dispensées au moment de la vaccination. Mais le personnel n’en a pas toujours le temps. Les médecins cantonaux de Suisse romande, responsables de la prévention sur le sujet, n’ont semble-t-il pas prévu de documentation spécifique. Chez Swissmedic, on en appelle au bon sens: «Le patient responsable d’aujourd’hui a le devoir de s’informer, par exemple sur les sites de l’Office fédéral de la santé publique et de Swissmedic.» Sur son site, la plateforme Infovac donne aussi des informations complètes.