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«Le journalisme scientifique n’a jamais été aussi important»

Lausanne se prépare à accueillir la Conférence mondiale des journalistes scientifiques, du 1er au 5 juillet prochain. Le point avec son organisateur, le président de l’Association suisse du journalisme scientifique, Olivier Dessibourg

Conquête spatiale, édition du génome humain, crise climatique ou extinction de la vie sauvage… La science s’immisce dans de nombreux sujets qui marquent l’actualité. Des journalistes du monde entier afflueront la semaine prochaine à Lausanne pour en discuter, parmi d’autres thématiques, à l’occasion de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques. Olivier Dessibourg – ancien responsable de la rubrique Science du Temps et désormais rédacteur en chef adjoint du site Heidi.news – revient sur l’ADN de ce métier souvent méconnu.

Le Temps: A quelques jours de l’événement, comment vont les préparatifs?

Olivier Dessibourg: Ils vont bon train. Nous réglons les derniers détails, innombrables, comme c’est le cas – j’imagine – pour tous les événements d’envergure internationale. Nous avons environ 1100 inscriptions, et des invités de marque parmi les grands noms du journalisme, de la science ou de la politique scientifique mondiale.

A qui s’adresse cette conférence?

Elle est organisée par des journalistes scientifiques pour leurs pairs avant tout. Mais aussi pour d’autres publics: chercheurs, communicants, financeurs, journalistes non scientifiques, etc. On peut voir cette conférence comme une occasion de formation continue: trois jours de débats sur l’état de l’art de notre métier, d’ateliers et de voyages sur le terrain à la rencontre de scientifiques.

Le journalisme scientifique est-il toujours aussi important?

Je dirais même qu’il n’a jamais autant été aussi important qu’aujourd’hui. Tout le monde n’a pas les clés pour comprendre les rouages de la science, qui reste un domaine dont le discours est plus largement accepté qu’en politique par exemple. La parole scientifique est encore vue comme un argument d’autorité imparable.

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Or dans la science comme ailleurs existent des intérêts parfois divergents, des compétitions entre concurrents, etc. Dès lors, la communication des laboratoires et des institutions peut avoir des visées stratégiques, ce qui peut conduire à exagérer certaines découvertes. Il y a même, plus rarement, des scandales ou de la fraude. De tout cela, le grand public mérite d’être informé. Les médias doivent rendre compte de la science comme de n’importe quel autre domaine. Pour ces raisons, le journaliste scientifique joue un rôle sociétal majeur. Les journalistes généralistes aussi: la conférence est pour eux l’occasion de mieux connaître le monde de la science, et les outils qui contribuent à la façonner.

Les rubriques scientifiques semblent tout de même en recul dans les médias, non?

Oui. Je n’ai pas de chiffre exact, mais face à la diminution des journalistes scientifiques engagés dans les rédactions, le nombre des journalistes free-lance croît, lui. Pour vivre correctement, certains de ces derniers complètent leur activité avec des mandats au service non pas de titres de presse, mais d’institutions (laboratoires, universités, entreprises, etc.) Se pose alors la question: comme ne pas tomber dans les conflits d’intérêts? Comment bien séparer journalisme et communication? C’est un grand débat qui anime notre communauté. Il est loin d’être clos.

Comment Lausanne s’est-elle retrouvée au centre du monde médiatico-scientifique?

L’ASJS a déposé sa candidature auprès de la fédération mondiale, avec l’appui des associations française et italienne en 2017. Notre dossier était en compétition avec Montréal, Madrid et Copenhague. La différence s’est sans doute faite grâce à nos soutiens politiques européens, fédéraux, nos partenaires académiques et nos appuis locaux, pour la logistique. Nous avons soumis un dossier avec 1 million de francs en promesses de financement, sur les quelque 2,5 millions que compte le budget aujourd’hui, ce qui a probablement été décisif.

Qui sont ces soutiens, justement?

Au niveau académique, il s’agit d’un consortium unissant des partenaires académiques de la région: le CERN, l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, ainsi que les Universités de Lausanne et de Genève. Sur le plan politique, la Confédération et la Commission européenne nous ont suivis. Cette dernière est l’un de nos trois sponsors principaux, au même titre que la Fondation Bertarelli – qui nous a soutenus même avant l’attribution de la conférence à Lausanne – et la société pharmaceutique Johnson & Johnson.

Ont-ils une influence sur le programme?

Non, celui-là est établi par un comité de programme de manière totalement indépendante. Une seule des 64 sessions du programme central – sur les 380 propositions reçues – est organisée par un partenaire, la Commission européenne, en l’occurrence sur des outils de recherche dans ses bases de données. A côté de cela se tiennent quelques déjeuners et conférences de presse organisés par d’autres sponsors, mais ils sont dans ce cas clairement balisés comme tels.

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