Est-ce là la preuve que la vie peut se développer dans les recoins les plus hostiles de la planète? En l’occurrence le lac Vostok, une étendue d’eau située sous la calotte de l’Antarctique longtemps crue stérile? Des chercheurs américains le croient, qui ont publié leurs résultats dans PLOS ONE le 3 juillet: un demi-litre de cette vaste poche d’eau, qu’ils ont analysé, contiendrait jusqu’à 3500 séquences d’ADN appartenant à autant d’êtres vivants. Plusieurs centaines ont été identifiées grâce à des bases de données. Les scientifiques ont indiqué vouloir affiner leurs travaux, car il n’est pas totalement exclu que ce matériel biologique provienne d’une contamination du trou de forage lors de manœuvres précédentes.

Voilà une vingtaine d’années que les chercheurs russes tentaient d’atteindre ce lac de 15 000 km2, situé à 3700 m sous la glace, dans l’espoir d’y trouver des formes de vie restées sans contact avec l’air libre pendant des millions d’années. Ils y sont parvenus en février 2012 (LT du 07.02.2012): à cause de la pression, l’eau est remontée dans le trou de forage, où elle a gelé. L’hiver dernier, les savants ont extrait cette glace, pour analyser son contenu. Le 7 mars, ils ont dit avoir découvert une bactérie inédite (LT du 07.03.2013).

94% de bactéries

Scott Rogers, à la Bowling Green State University, aurait mis au jour la signature génétique de 3500 organismes, la majorité des bactéries (94%), mais aussi des multicellulaires plus complexes (6%), ainsi que des archées, des microbes unicellulaires très primitifs: «Nous avons découvert une complexité bien plus grande qu’imaginé. Les limites quant aux environnements qui sont habitables ou non sont bouleversées»; ces recherches sont en effet très suivies par les astrobiologistes, qui envisagent de traquer une vie extraterrestre sur d’autres astres pouvant héberger des lacs sous-terrains, telle Europe, la lune de Jupiter, ou Encélade, celle de Saturne.