Vols spatiaux

L’accident de Soyouz assombrit l’avenir de la station spatiale internationale

Les fusées russes étant clouées au sol pour enquête, la station spatiale internationale pourrait se retrouver vide, une première depuis 2000. Au-delà des dégâts d’image, cela compliquerait les missions d’essai des futures capsules habitées, prévues en 2019

Pour son premier déplacement en tant qu’administrateur de la NASA, Jim Bridenstine se serait certainement passé d’un tel scénario. Venu assister le 11 octobre à Baïkonour au lancement d’une fusée russe Soyouz, qui devait expédier sur la Station spatiale internationale (ISS) deux astronautes, l’Américain Nick Hague et le Russe Alexeï Ovchinine, il a assisté comme tout le monde à l’avarie de l’engin qui a forcé ses deux occupants à revenir de toute urgence sur le plancher des vaches.

Le patron de la NASA est apparu le lendemain en conférence de presse, la gorge nouée notamment lorsqu’il a expliqué ne pas avoir su pendant un moment si les astronautes étaient en sécurité ou non. Mais le message essentiel était ailleurs: il a asséné que les relations entre la NASA et sa cousine russe, Roscosmos, étaient au beau fixe malgré ce dangereux couac.

Il n’empêche que les procédures d’urgence ont beau avoir fonctionné, l’échec de ce lancement rappelle que les jours des Américains à bord de cette capsule sont comptés, comme on le sait depuis plusieurs années. Sauf que l’incident de Soyouz complique la situation plus qu’il ne la précipite.

Que s’est-il passé?

Quelques minutes après le lancement de la fusée depuis le cosmodrome de Baïkonour, l’incident se déclare au moment de la séparation du premier étage de la fusée, lorsque les quatre propulseurs sont censés se détacher simultanément.

Les hommes sont alors à 50 kilomètres d’altitude, à la lisière de l’espace. Les systèmes d’urgence se déclenchent et séparent la capsule Soyouz MS-10 du reste de la fusée éponyme.

Celle-ci retombe alors en parachute sur Terre, au Kazakhstan, alors que les deux hommes encaissent une accélération de 6,7 G – soit autant de fois la pesanteur terrestre. Ils s’en sortent indemnes. L’agence Roscosmos annonce immédiatement la suspension des vols vers la Station spatiale internationale (ISS), le temps de mener une enquête.

Combien de temps peut durer l’enquête?

Difficile à dire. Roscosmos a répété lundi qu’elle publierait les résultats le 20 octobre. Les experts russes collectent actuellement les débris et vont, comme lors d’un crash aérien, tenter de reconstituer seconde après seconde les événements qui ont conduit à cette anomalie. Sans toutefois parler de conclusion définitive, l’agence penche pour une avarie survenue sur un des propulseurs, lequel se serait mal détaché et aurait abîmé l’étage central de la fusée 119 secondes après le décollage. Les Etats-Unis semblent moins optimistes quant à ce calendrier.

L’ISS sera-t-elle vide?

C’est la grande question et oui, c’est possible, les Russes étant les seuls à acheminer du personnel vers l’ISS depuis 2011. La station est actuellement occupée par trois astronautes, Serena Auñón-Chancellor de la NASA, Alexander Gerst de l’Agence spatiale européenne et le cosmonaute Sergueï Prokopyev, de Roscosmos. Leur séjour doit s’achever en décembre, voire janvier si l’on devait l’étendre un peu. Mais pas plus tard: leur propre capsule Soyouz MS-09, actuellement arrimée à l’ISS, ne peut rester au-delà. Pourquoi? Parce que ses batteries finiraient par se décharger.

La situation est donc la suivante: si les Russes ne peuvent envoyer un nouvel équipage avant le départ de l’actuel, alors l’ISS serait bel et bien vide, une triste première – et une bien mauvaise presse – depuis 2000. Cela dit, l’ISS peut très bien être maniée depuis la Terre pendant de longues périodes. Roscosmos a balayé ce scénario, en annonçant vendredi envisager d’avancer une autre mission pour s’assurer de l’occupation continue de l’ISS. Autre piste, elle peut aussi envoyer une capsule Soyouz vide, ce qui allongerait jusqu’à 200 jours la durée du séjour des occupants actuels.

Est-ce la fin pour Soyouz?

Bien que Jim Bridenstine ait rappelé sa confiance en Roscosmos, la NASA cherche depuis l’abandon de ses navettes spatiales en 2011 à envoyer des Américains dans l’espace depuis son propre sol. Elle a ainsi signé en 2014 deux contrats de plusieurs milliards de dollars chacun avec Boeing et SpaceX dans le cadre de son programme de développement commercial pour équipage. Ces deux entreprises doivent mettre sur pied deux capsules habitables, respectivement appelées CST-100 Starliner et Crew Dragon. Le but de la NASA est clair: réduire sa dépendance vis-à-vis des Russes et faire des économies alors qu’elle payait en 2016 environ 71 millions de dollars par siège réservé à bord d’une capsule Soyouz.

Il est évident que ces deux sociétés prendront un jour le relais. Mais quand? Elles subissent régulièrement des retards et viennent toutes deux de reporter leurs tests de capsules non habitées à 2019. Quant aux missions habitées, elles sont respectivement prévues en juin et août 2019.

Or un point relevé par The Verge pourrait compliquer la donne: la NASA impose que l’ISS soit habitée pour que ces tests soient validés. Si l’équipage actuel repart sur Terre sans solution trouvée par les Russes, alors c’est tout le secteur qui pourrait prendre un retard important.

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