Éditorial

Ce que l’affaire Cryo-Save dit de nous

OPINION. Le tollé autour de la société Cryo-Save, active dans la conservation de cellules souches issues de sang de cordon ombilical, montre à quel point il est indispensable que la Suisse se dote d’une loi forte sur la protection des données

Naïfs pour certains, inconscients pour d’autres… Dans un sens, il pourrait être aisé de blâmer les clients de Cryo-Save – plus de 260 000 en Europe, tout de même – pour avoir confié les cellules souches de leurs enfants à une société ayant fini par déplacer sans vergogne, et sans leur consentement préalable, des échantillons contenant de précieuses données biologiques en direction de la Pologne. Mais cela serait certainement se débarrasser trop hâtivement du problème.

En effet, à l’heure où l’entreprise suisse active dans la collecte et la conservation de sang de cordon ombilical à des fins personnelles a déposé le bilan, et où la localisation exacte de toutes les cellules souches n’est pas encore connue, qu’est-ce que l’affaire Cryo-Save dit de nous et, plus globalement, du fonctionnement de nos institutions?

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La réponse est cinglante: notre cadre législatif est clairement dépassé par les rapides évolutions technologiques et sociétales. Le constat est d’autant plus édifiant lorsque l’on se penche sur l’épineuse question de la protection des données. Car en la matière, autant le dire tout de suite, notre pays a assurément trois trains de retard.

Loi mollassonne

Certes, la loi actuelle sur la protection des données (LPD) interdit la diffusion des données «sensibles» des consommateurs, comme le seraient des échantillons contenant de l’ADN. Mais ce terme peut être librement interprété et les entreprises ont, de fait, peu de difficultés à passer à travers les mailles du filet.

Cette loi, plus que mollassonne en comparaison des directives européennes en vigueur, a des conséquences directes sur les consommateurs que nous sommes. Lorsqu’il est question de faire valoir nos droits en la matière, nous sommes effectivement nettement moins bien lotis que nos voisins, qui eux ont, par exemple, la possibilité de déposer directement plainte auprès des autorités compétentes. Une procédure interdite en Suisse.

Une révision de la LPD, bien qu’encore trop timide, devrait prochainement nous assurer davantage de protection. Encore faut-il qu’elle soit acceptée par le parlement. Car jusque-là, il semble que nos représentants à la Chambre basse s’attellent davantage à discuter de points de détail, retardant in fine sa mise en application, qu’à envisager un vrai geste politique en faveur des citoyens.

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