L’Afrique a décidé de présenter une position commune lors du prochain sommet sur le changement climatique de Copenhague, où elle va demander avant tout «moins d’injustice», selon le président de l’Union Africaine (UA) Jean Ping.

«Ce que nous attendons de Copenhague, c’est moins d’injustice et moins de double standard», a déclaré M. Ping lors d’une conférence de presse jeudi soir. «Nous constatons que notre maison commune est menacée. Par qui? Par ceux qui polluent de manière inconsidérée et ne veulent pas respecter les critères, notamment de Kyoto, et qui ensuite se retournent contre nous avec leurs ONG pour nous accuser», a-t-il expliqué. «Nous sommes d’accord pour sauver la planète Terre en diminuant les gaz à effet de serre. Ensuite nous pensons que ceux qui ne sont pas responsables de la pollution méritent de l’aide. C’est clair et logique», a-t-il ajouté.

La cause «évidente» de l’Afrique

Le ton est donné: l’Afrique est le continent qui pollue le moins avec seulement, selon l’UA, 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique, et des changements environnementaux dont l’Afrique est la première victime.

L’UA a mis spécialement en place une commission de négociation en vue du sommet organisé en décembre par l’Onu à Copenhague sur le changement climatique. Cette commission, composée de dix pays africains et présidée par le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, doit défendre pour la première fois d’une seule voix les intérêts des 53 Etats membres du continent.

Pour Meles Zenawi, «la position de l’Afrique est renforcée par la justice de notre cause (...) tellement puissante, sa logique si évidente que nous ne nous attendons pas à ce qu’elle soit rejetée». «Ce serait immoral de la part des pays développés (...)», a-t-il jugé.

Une position commune au continent

M. Meles souhaite présenter comme base de négociation «deux pages» articulées autour de deux points: l’adaptation au changement climatique, et l’atténuation de ses effets «parce que l’Afrique en souffre, est touchée en premier et plus durement (...)».

«Seule l’UA aligne une délégation unique à Copenhague (...) Chaque pays (africain) a accepter d’abandonner une part de souveraineté (à cette équipe) pour les négociations», a-t-il précisé.

Concrètement l’Afrique demande des aides financières, notamment pour financer les transferts de technologie qui permettront d’utiliser des énergies propres. Elle veut des subventions pour maintenir les forêts qui contribuent à l’absorbtion des gaz à effet de serre, et enfin des projets pour aider les zones les plus durement touchée par «un environnement plus hostile», selon M. Meles. «Bien que peu pollueurs, nous aussi nous devons nous adapter. (...) Les modalités de paiement des pollueurs sont à déterminer au cours des négociations. Cela concerne tout le monde», a expliqué M. Ping.

Le Texas pollue plus que toute l’Afrique

«Le seul Etat du Texas avec 30 millions d’habitants seulement, pollue autant que le milliard d’Africains! La forêt gabonaise absorbe à elle seule quatre fois les émissions de gaz à effet de serre de la France», a-t-il noté.

«Pour nous la forêt est un bien précieux, il nous faut donc la protéger pas seulement pour absorber les gaz à effet de serre, mais aussi pour cuisiner et construire. Nous avons donc besoin de programmes pour reboiser, aménager, et pour cela il faut de l’argent».

Cette position commune permet aussi à l’Afrique de se démarquer du groupe des 77 (G77) pays les moins développés aux agendas souvent divergents voire contradictoires.

Une prochaine réunion doit être organisée à Addis Abeba, siège de l’UA, pour finaliser la position commune de l’Afrique.