L’Afrique du Sud, plus gros émetteur de gaz à effet de serre du continent, a abandonné un ambitieux plan de lutte contre le réchauffement climatique pour privilégier la croissance de son économie, qui souffre de la crise mondiale et d’une carence en énergie.

Le gouvernement, presque entièrement renouvelé après les élections générales d’avril, «révèle petit à petit des informations qui montrent un bouleversement de sa politique sur les changements climatiques», souligne le chercheur Glenn Aston. La réponse à moyen terme à notre crise énergétique est de poursuivre la dépendance vis-à-vis du charbon tandis que l’abandon progressif de l’énergie fossile est repoussé à long terme», explique-t-il dans un article publié par l’ONG South African Civil Society.

La crise a modifié la donne

Les mines d’or d’Afrique du Sud, longtemps premières productrices du métal précieux au monde, subissent encore le contrecoup de coupures de courant sans précédent qui les avaient contraintes à fermer certains puits en janvier 2008.

Et la récession qui frappe la plus puissante économie d’Afrique, sous l’effet de la crise mondiale, a entraîné depuis le début de l’année un demi-million de suppression d’emplois, alors que 43% des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté.

Aussi le nouveau gouvernement, qui a fait de la lutte contre le chômage et la pauvreté sa priorité, a-t-il adopté un ton très ferme avant le sommet du G20 la semaine prochaine. Le G20 doit notamment préparer la conférence climatique de Copenhague en décembre, où sera négocié un éventuel traité international pour ralentir le réchauffement de la planète.

Pas d’engagement chiffré envisageable

«Il n’est pas réaliste à ce stade de prendre des engagements chiffrés (...) qui handicaperaient sans aucun doute la croissance», déclarait récemment le porte-parole gouvernemental Themba Maseko.

L’Afrique du Sud, dont les émissions per capita équivalent à celles de l’Allemagne, était il y a un an encore considérée comme un exemple pour les grandes économies émergentes comme la Chine ou l’Inde. Mais son ambitieux plan, comprenant des pénalités pour les industriels pollueurs, n’a jamais vu le jour, pris dans les remous d’une âpre lutte pour le pouvoir au sein du parti ultra-majoritaire depuis la chute de l’apartheid en 1994.

La compagnie publique d’électricité, Eskom, n’a pas obtenu le soutien financier de l’Etat qu’elle réclamait pour investir dans des sources d’énergie renouvelables. Pour alimenter la croissance, Eskom mise désormais sur de nouvelles centrales à charbon, dont l’Afrique du Sud détient d’immenses réserves en sous-sol. Un projet de centrale nucléaire, propre en termes d’émissions de gaz à effet de serre, a été remisé en attendant des jours meilleurs.

Aussi l’Union européenne, dont la présidence suédoise espère obtenir un engagement chiffré des pays en développement à contenir la hausse prévue de leurs émissions d’ici 2020, est-elle revenue les mains vides d’un sommet UE-Afrique du Sud le 18 septembre.

Non content de refuser à s’engager sur des objectifs précis, Pretoria va demander au G20 à Pittsburgh (Etats-Unis) une contribution financière des pays riches aux efforts des économies en développement, de l’ordre de 0,5 à 1% du Produit brut mondial, soit 200 à 400 milliards de dollars. «C’est le type d’engagement dont nous avons besoin de leur part», a déclaré la ministre de l’Environnement Buyelwa Sonjica. «Nous demeurons optimistes sur les chances de parvenir à un accord (à Copenhague) mais ce ne sera pas facile.»