L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a jugé «improbable» le risque cancérigène du glyphosate, utilisé dans les pesticides, un avis contraire à l'avertissement émis en mars par l'OMS, ce qui relance l'affrontement entre industrie agrochimique et défenseurs de l'environnement.

Le glyphosate n'est ni génotoxique, c'est-à-dire susceptible d'endommager l'ADN, ni une menace cancérigène pour l'homme, conclut un rapport de l'EFSA publié jeudi 12 novembre.

En conséquence, «les experts n'ont pas proposé que le glyphosate soit catégorisé comme cancérogène dans la réglementation de l'UE sur la classification, l'étiquetage et l'emballage des substances chimiques», rapporte l'Autorité.

Son étude était très attendue car elle doit éclairer Bruxelles dans son évaluation décennale de la substance.

«Nous allons examiner attentivement l'étude et les conclusions de l'EFSA. Nous avons jusqu'à juin pour prendre une décision, en consultation avec les Etats membres», a réagi un porte-parole de la Commission lors d'un point presse.

L'exécutif européen doit décider de garder ou non le glyphosate sur la liste de l'UE des substances actives autorisées, condition préalable pour permettre aux 28 de réévaluer l'autorisation des pesticides qui en contiennent sur leur territoire.

Le glyphosate est l'herbicide dont la production est la plus importante au monde, ingrédient notamment du Roundup, produit phare de l'américain Monsanto.

Les agro-industriels jubilent, les défenseurs de l'environnement réagissent

La Glyphosate Task Force, qui regroupe les grands groupes de l'agro-industrie comme Monsanto, mais aussi son compatriote Dow Chemical ou encore le suisse Syngenta, s'est félicitée des conclusions des scientifiques européens.

Elles confirment «les précédentes évaluations du glyphosate conduites par les autorités réglementaires du monde entier, qui ont conclu de façon constante que l'application du glyphosate ne pose aucun risque inacceptable pour la santé humaine, les animaux ou l'environnement», a observé Richard Garnett, président du collectif.

Surtout, autre motif de satisfaction pour M. Garnett, l'étude précise bien avoir pris en compte une précédente étude du Centre international pour le cancer (CIRC), une agence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

En mars, le CIRC avait déclaré cancérogène «probable» pour l'homme le glyphosate, aux côtés d'autres pesticides tels que le malathion ou le diazinon.

Dans la foulée, des pays avaient restreint son utilisation. En Colombie, le président avait demandé de suspendre la fumigation aérienne contre les cultures illicites. En France, la ministre de l'Environnement Ségolène Royal avait réclamé l'interdiction de la vente aux particuliers d'herbicides contenant la substance. En Suisse, le Conseil fédéral a refusé de l'interdire en juin en proposant de rejeter deux motions exigeant une suspension immédiate des ventes et l’interdiction de cette substance.

L'EFSA explique dans son rapport que cette divergence de résultat tient à la prise en compte «d'une vaste quantité d'éléments, y compris un certain nombre d'études non évaluées par le CIRC».

Les défenseurs de l'environnement ont immédiatement réagi en mettant en cause l'indépendance de l'EFSA, dont le groupe en charge du rapport était composé de scientifiques membres de l'autorité européenne et de représentants des organismes d'évaluation des risques de chacun des 28 Etats membres.

«Les assurances de sécurité sur le glyphosate émises par l'EFSA soulèvent de sérieuses questions sur son indépendance scientifique», a estimé Franziska Achterberg, chargée de la politique alimentaire dans l'UE chez Greenpeace.

«Une bonne partie du rapport s'inspire directement d'études non publiées commandées par des producteurs de glyphosate. La preuve du préjudice est irréfutable mais l'EFSA défie l'agence sur le cancer (le CIRC) qui fait autorité dans le monde pour faire plaisir à des sociétés comme Monsanto», a-t-elle accusé.

Pour la vice-présidente du groupe Verts au Parlement européen Michèle Rivisi, l'avis de l'EFSA «va complètement à l'encontre de sa mission première: appliquer le principe de précaution».

Dans ses conclusions, l'EFSA établit tout de même, pour la première fois, un seuil de sécurité toxicologique intitulé «dose aiguë de référence», qui est la quantité qui peut être ingérée sur une brève période sans être nocive pour la santé: elle a été fixée à 0,5 mg/kg de poids corporel par jour.

Cette valeur servira de base pour la révision prévue en 2016 des limites maximales de concentration de la substance dans ou sur des aliments destinés à l'alimentation humaine ou animale.