Le sursaut climatique

L’année 2015 marquera-t-elle un tournant dans la lutte contre les changements climatiques? On peut l’espérer, alors qu’au mois de décembre se tiendra la conférence de Paris, dont l’objectif sera de mettre sur pied un accord international et contraignant sur le climat, destiné à entrer en vigueur en 2020.

Pourtant, les signaux envoyés par les gouvernements lors de la conférence préparatoire de Lima, en décembre dernier, n’ont guère été encourageants; les 195 nations qui prirent part au processus ne sont parvenues à se mettre d’accord que sur un compromis a minima, avec de nombreux points demeurés en suspens.

Dans ces circonstances, Dominique Bourg fait preuve d’un «optimisme circonstancié». «Nous avons de toute façon d’ores et déjà laissé se refermer la possibilité d’éviter un basculement climatique», constate le philosophe, qui regrette le rendez-vous manqué de Copenhague en 2009, lorsque les Etats n’ont pas réussi à donner une suite au Protocole de Kyoto de limitation des émissions de gaz à effet de serre. «Il n’est désormais plus réaliste de tabler sur un réchauffement inférieur à 2 °C d’ici à la fin du siècle, mais il faut tenter de nous éloigner le moins possible de ce seuil. Au-delà duquel il deviendra difficile de nous adapter, d’autant que la température continuera à augmenter au-delà du siècle», assène-t-il.

Répartition des efforts

«Il est toutefois possible d’éviter que la conférence de Paris soit un échec», estime Dominique Bourg. Pour cela, il faudra régler le différend qui empoisonne depuis des années les débats sur le climat: celui de la répartition des efforts entre pays du Nord et du Sud. A Lima, les pays les plus pauvres ont fait front commun avec des géants telle la Chine pour réclamer un soutien financier des pays riches leur permettant de se développer sans (trop) nuire au climat et de s’adapter à ses changements. «La question du financement du Fonds vert pour le climat sera donc centrale à Paris», considère le chercheur de l’UNIL. Cet instrument créé en 2009 devrait apporter une aide de 100 milliards de dollars par année aux pays du Sud engagés contre le réchauffement. Mais pour l’heure, il n’a été doté que de 10 milliards. «Compte tenu de l’endettement public de nombreux pays industrialisés, il ne leur sera pas possible de contribuer directement à ce fonds. Le seul moyen d’y parvenir serait de recourir à des modes de financement innovants comme une taxe carbone internationale, une taxe sur les transactions financières, les droits de tirages spéciaux du FMI, etc.»

Technologies matures

Mais une telle avancée ne sera pas suffisante pour répondre au défi climatique: «Un problème majeur est qu’actuellement les énergies fossiles reçoivent chaque année 650 milliards de dollars d’investissements. Pour changer la donne, il faut encore que ces fonds soient réorientés vers les énergies renouvelables.» Un tel renversement est-il imaginable en 2015? «Oui, car certaines technologies sont désormais matures et rentables. De plus, une grande partie du capital mondial étant détenu par un très petit nombre d’acteurs clés, il y a relativement peu de personnes à convaincre de changer d’orientation…», avance ironiquement le philosophe spécialiste des questions environnementales.

Et de conclure: «Si ces deux éléments se trouvaient réunis en 2015 – d’une part des gouvernements qui jouent enfin leur rôle, et d’autre part des investisseurs privés qui se tournent massivement vers les renouvelables – alors oui, cette année pourra être celle d’un sursaut climatique.»