Cet article pourrait ressembler à un énième marronnier sur les joies de l’hiver et sa flopée d’infections respiratoires. Car oui, les nombreux virus qui circulent traditionnellement dès les premiers frimas (comme les rhinovirus – à l’origine de 40% des épisodes de refroidissement –, le virus influenza et para-influenza, le virus respiratoire syncytial ou encore les autres coronavirus) s’apprêtent à frapper à notre porte, si ce n’est déjà fait.

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Sauf que cette année, la donne a pour le moins changé. Certes, le port du masque, le lavage systématique des mains et la distanciation physique vont certainement contribuer à couper l’herbe sous le pied à ces agents infectieux, dont la transmission se fait principalement par aérosols et par manuportage. Mais cela n’empêchera pas totalement leur apparition au sein de la population. Faudra-t-il dès lors se faire dépister au Covid-19 au moindre nez qui coule ou mal de gorge, sous peine de voir la population possiblement se lasser et les ressources en tests se tarir un peu trop rapidement?

Nouvelles recommandations pédiatriques

Du côté des enfants, les mesures à prendre sont désormais plus claires. Les autorités fédérales, l’Association professionnelle de la pédiatrie ambulatoire ainsi que la Société suisse de pédiatrie viennent en effet d’émettre de nouvelles lignes directrices décrivant les conditions sous lesquelles les individus symptomatiques peuvent fréquenter les écoles ou les structures d’accueil et quand un test s’avère indiqué.

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Ainsi, les jeunes de moins de 12 ans – dont les données disponibles et l’expérience clinique tendent à montrer qu’ils transmettent moins souvent le nouveau coronavirus –, ne présentant qu’un rhume et/ou un mal de gorge avec ou sans une légère toux pourront continuer à se rendre en classe. En cas de symptômes cardinaux, tels que de la fièvre ou une forte toux, l’enfant devra rester à la maison et, selon la constellation des symptômes et leur durée, consulter un médecin qui décidera de l’utilité de passer un test.

Restreindre les critères de dépistage

Du côté des adultes, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) recommande toujours aux personnes présentant des symptômes évoquant le Covid-19, à savoir une atteinte des voies respiratoires d’apparition récente, comme la toux, les maux de gorge, le souffle court, une douleur dans la poitrine, une sensation de fièvre ou encore la perte de l’odorat et/ou du goût, de se faire tester. Quant aux divers outils internet de type Coronacheck, les conseils sont plus hétérogènes puisqu’ils varient, selon le canton de résidence, en fonction des décisions des autorités cantonales d’ajouter, ou non, des symptômes moins typiques du covid.

«Comme les données nous manquaient jusque-là, le canton de Vaud a décidé d’être le plus large possible dans les critères devant conduire à être testé, explique Valérie d’Acremont, médecin infectiologue à Unisanté à Lausanne, et conceptrice du site Coronacheck d’Unisanté. Cette approche pouvait convenir en été, car les gens sont plus rarement malades, mais en hiver cela risque d’être plus compliqué. Une réflexion est d’ailleurs en train d’être menée aux niveaux fédéral et cantonal pour savoir quelle serait la meilleure stratégie à adopter afin de parvenir à identifier les cas positifs au Covid-19, tout en évitant de mettre les gens en quarantaine ou de réaliser des tests pour rien.»

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«On ne manquerait qu’un cas sur dix»

Cette réflexion s’appuie notamment sur des données quant aux symptômes prédisant ou non un covid. «Les problèmes respiratoires, la fièvre, ainsi que la perte du goût et de l’odorat semblent se confirmer comme des manifestations plus typiques du nouveau coronavirus, souligne la professeure à l’Université de Lausanne. Nos résultats préliminaires nous montrent que l’on ne manquerait probablement qu’un cas positif sur dix si l’on se restreignait à ces critères majeurs.»

Pour l’heure la main est encore du côté des cantons, seuls habilités à décider des critères de dépistage. L’OFSP n’écarte toutefois pas la possibilité que des adaptations aient lieu ces prochaines semaines sur la base de la littérature scientifique et des données de surveillance en Suisse. «Nous allons surtout nous concentrer sur les symptômes «majeurs» du Covid-19, comme les symptômes respiratoires, la fièvre d’origine indéterminée et l’anosmie, confirme Yann Hulmann, porte-parole à l’OFSP. Durant ces prochains mois, il sera néanmoins difficile de différencier les infections hivernales du Covid-19, raison pour laquelle nous prenons des mesures pour que la capacité de test augmente et que toutes les personnes avec des symptômes compatibles, même légers, puissent se faire tester.»