Légumes rares

L’artichaut violet de Plainpalais rit, le courgeron, lui, pleure

L’artichaut violet de Plainpalais lutte pour sortir de l’oubli. Cultivé encore de manière confidentielle, il pourrait suivre l’exemple de son illustre cousin, le cardon genevois, et retrouver une place de choix sur l’étal des maraîchers, voire un jour obtenir une AOC

Tout comme le cardon, l’artichaut violet a été ramené à Genève par les Huguenots qui ont fui le midi de la France après la révocation de l’édit de Nantes au XVIIe siècle, a expliqué à l’ATS Denise Gautier, responsable de ProSpecieRara Suisse romande, la Fondation pour la diversité patrimoniale et génétique liée aux végétaux et aux animaux.

A l’origine, l’espèce n’était pas du tout faite pour être cultivée sous les cieux genevois. Mais les maraîchers ont sélectionné une variété qui s’est bien acclimatée et qui est devenue spécifique de la Cité de Calvin, relate la biologiste.

Ses particularités: d’un goût très fin et très tendre, elle est plus petite que les traditionnels artichauts de Bretagne ou d’Espagne. Il s’en est cependant fallu de peu pour qu’elle ne disparaisse.

«La revue horticole de 1877 atteste que nos maraîchers cultivaient des milliers de plants d’artichauts violets de Plainpalais», raconte Denise Gautier. Puis, petit à petit, ce légume a failli disparaître complètement, victime de l’agriculture intensive et des importations d’artichauts moins chers, notamment d’Espagne.

En 1959, un exemplaire a été retrouvé par hasard dans le jardin d’un particulier au Grand-Saconnex, lors d’une excursion de la Société dendrologique. Depuis, il est conservé précieusement au Jardin botanique et planté dans ses massifs, rapporte Denise Gautier, qui s’occupe de sa préservation depuis 1998.

Lors d’un hiver très froid, les pieds ont subi beaucoup de pertes. La responsable de ProSpecieRara a contacté alors deux nonagénaires qui avaient participé à l’excursion de 1959 et qui se trouvaient être en possession de ces pieds. Leur apport a permis de diversifier les plants.

Aujourd’hui la station Agroscope-Changins a prélevé certains de ces pieds pour authentifier leur lignée génétique et pour augmenter leurs chances de conservation. ProSpecieRara fournit pour sa part des plants à ses membres et aux producteurs.

Produit de niche

L’Union maraîchère genevoise souhaite aussi remettre au goût du jour ce produit à forte valeur ajoutée, a expliqué son directeur, Jacques Blondin. C’est un joli produit de qualité, de niche, le fruit d’un savoir-faire, qui permet au maraîcher de se démarquer. Actuellement il est cultivé par deux ou trois producteurs.

«L’an dernier, nous avons eu une récolte conséquente qui a pu être commercialisée non seulement sur les marchés mais aussi dans des grandes surfaces, notamment chez Manor et Migros», a rapporté Olivier Rouquette, responsable qualité auprès de l’UMG. «Nous espérons faire encore mieux en été 2012.»

Pour les maraîchers, la difficulté est de multiplier la plante. En effet, les artichauts ne se reproduisent pas par semence, mais par œilletonnage, à savoir par un rejet à la base de la plante, qui ressemble une bouture. Une méthode qui n’est pas à la portée du premier venu, relève Olivier Rouquette.

La variété est-elle mûre pour tenter d’obtenir une appellation d’origine contrôlée (AOC), à l’instar du cardon, seul légume suisse à en bénéficier? «Avec la volonté du consommateur de manger local, la production pourrait repartir», estime le responsable.

Tous les légumes rares n’ont néanmoins pas la chance du cardon ou de l’artichaut violet. Beaucoup d’entre eux ont disparu de Genève, à l’instar du courgeron de Plainpalais: sa trace n’a jamais été retrouvée, indique ProSpecieRara.

Le courgeron a pourtant bel et bien existé: cité dans le catalogue Vilmorin en France, il était réputé au XIXe siècle, a déclaré à l’ATS Denise Gautier, responsable de ProSpecieRara Suisse romande. D’autres en revanche existent encore, à l’instar de la laitue brune de Genève ou du haricot nain du marché de Genève. L’association essaie de les préserver, souligne la biologiste.

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