incendies

L’Australie brûle, les koalas trinquent

Près de deux millions d’hectares de forêts sont déjà partis en fumée, détruisant l’habitat de nombreuses espèces animales, en particulier celui des koalas 

L’image a fait le tour de la planète. Celle d’une femme sauvant des flammes un petit koala pris au piège par les bushfires qui ravagent depuis près d’un mois la côte est de l’Australie. Malgré les soins qui lui ont été apportés, Lewis était trop gravement brûlé pour un jour retourner vivre dans la nature. Il a été euthanasié pour abréger ses souffrances.

Mais de nombreux autres peuvent encore être sauvés. C’est ce qu’efforce d’accomplir le Koala Hospital de Port Macquarie, dont la salle de soins ne désemplit pas. «Nous avons même dû installer une deuxième table d’opération pour répondre à l’urgence», explique Sue Ashton, la présidente de cet hôpital financé exclusivement par des dons.

La moitié des hospitalisations de koalas est due aux feux de brousse

Un autre koala, récupéré la veille, est examiné par trois soigneuses. Elles lui badigeonnent les pattes, dont les coussinets ont brûlé, avec une crème épaisse, avant de les envelopper dans des bandages. Pour qu’il reste tranquille, une dame âgée lui fait manger des feuilles d’eucalyptus, tout en lui parlant, tout doucement, au creux de l’oreille.

Des victimes par milliers

Habituellement, les koalas qui sont soignés ici souffrent de chlamydia, une maladie très répandue chez ces petits marsupiaux, ou ont été percutés par des voitures. Mais comme en atteste le tableau des «patients», ces jours-ci, ce sont les feux de brousse qui expliquent la présence d’environ la moitié des koalas hospitalisés.

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«Des feux de cette intensité, je n’avais jamais vu ça avant, ni ceux qui vivent ici depuis toujours», explique Susanne Scheuter, qui a quitté Berne il y a trois ans et demi et qui travaille depuis en tant que bénévole dans cet hôpital. «Cette année, tout est vraiment calciné, il ne reste vraiment rien. Et quand on trouve des animaux, morts brûlés, ça brise le cœur d’imaginer ce qu’ils ont dû endurer.»

«Pour la seule région de Port Macquarie, on sait que plus de 350 koalas ont été tués depuis les premiers incendies. Sur l’ensemble des zones affectées par les incendies, je crains que les victimes se comptent déjà par milliers», ajoute Sue Ashton, dont la seule consolation est l’immense élan de générosité dont bénéficie l’hôpital depuis le début de la crise. La cagnotte en ligne qu’elle a lancée, et grâce à laquelle elle espérait recueillir 25 000 dollars (17 000 francs), a au final récolté près de 2 millions de dollars (1,22 million de francs).

Les feux de brousse, c’est pourtant un phénomène saisonnier en Australie. «Mais le changement climatique allonge considérablement la durée de cette saison et tend également à accroître la violence de ces feux», explique le professeur Tina Bell, de l’Université de Sydney, spécialiste de l’impact du feu sur la faune et la flore. «Et si les koalas en souffrent autant, c’est parce que leur habitat s’est considérablement réduit. Avant, ils pouvaient se réfugier dans des zones de forêt plus humides, qui résisteraient aux feux. C’est beaucoup plus difficile aujourd’hui.»

D’autres mammifères arboricoles sont tout autant affectés par ces feux. «C’est le cas du phalanger volant à ventre jaune et du phalanger de Leadbeater. Mais contrairement aux koalas, ils restent invisibles pendant les feux, et suscitent donc moins d’empathie vis-à-vis du public», détaille Tina Bell.

Feux préventifs

En revanche, pour la flore, la situation pourrait être moins grave qu’il n’y paraît. «Quand on voit ces images de forêts totalement calcinées, on pense que plus rien ne pourra jamais pousser. C’est parfois vrai, mais pas toujours. Déjà parce que les feuilles et l’écorce peuvent avoir brûlé mais les arbres, eux, sont toujours vivants. On devrait d’ailleurs voir d’ici à quelques semaines de nouvelles pousses sur ces arbres, et même apparaître de nouvelles espèces.»

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Un fait difficile à imaginer vu d’Europe mais pourtant bien réel en Australie, où le feu fait partie intégrante du cycle naturel. «Les Aborigènes procèdent à des feux préventifs depuis des milliers d’années. A la fois pour éviter que les feux de brousse prennent les proportions que l’on voit actuellement. Mais aussi parce qu’ils participent à la régénération de certaines espèces, comme les eucalyptus. Ces pratiques ont été interdites sous la pression des écologistes. Je pense pourtant, comme beaucoup de gens ici, que ces feux préventifs aideraient à protéger la nature», confie Susanne Scheuter.

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