Sur l’image de synthèse, l’avion plane dans un ciel bleu. Sa carlingue est colorée en blanc et orange, comme tous les appareils de la flotte d’EasyJet. Mais il y a une différence: il ne possède pas de réacteurs. La compagnie a présenté le 11 avril à Genève, lors d’une conférence de presse, son projet d’avion électrique, dans l’espoir que celui-ci améliore sa réputation.

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Depuis quelques mois, les mobilisations pour le climat pointent du doigt le rôle néfaste de la société qui, en cassant les prix des vols commerciaux, a augmenté la fréquence des voyages, et la pollution qui y est associée. Le trafic aérien représente 3% des émissions de gaz à effet de serre en Europe. EasyJet est loin d’être la seule coupable – mais elle est particulièrement prise à défaut.

Pas avant 2035

Pour faire barrage aux critiques, la compagnie a ressorti son projet d’avion électrique. Elle ne le fabrique pas, ni ne le finance: elle s’associe seulement à la start-up californienne Wright Electric, qui conçoit l’appareil. Un petit avion de neuf places, capable d’effectuer des trajets d’environ une heure, devrait effectuer un vol test avant la fin de l’année. Quand pourra-t-on aller de Genève à Nice dans un appareil garanti sans fuel? Jean-Marc Thévenaz, directeur exécutif d’EasyJet Suisse, douche nos espoirs: «Ce type d’avion n’entre pas dans notre modèle économique, car il serait difficile de proposer des prix attractifs.»

En parallèle, Wright Electric travaille sur un avion électrique de 50 places. «Pour des vols régionaux, c’est envisageable, explique Jean-Marc Thévenaz. Mais cela ne sera pas prêt avant 2035.» Pourquoi ces délais? Jeffrey Engler, patron de Wright Electric: «Il ne s’agit pas simplement de remplacer les réacteurs par des moteurs électriques, affirme-t-il. Il faut redimensionner l’appareil, gérer les batteries, etc. Et les procédures de certification sont extrêmement longues.»

«L’aviation prend ses responsabilités et travaille sur des solutions plus écologiques. C’est loin d’être le cas dans le transport maritime, par exemple»

Jean-Marc Thévenaz, directeur exécutif d’EasyJet Suisse

Des solutions plus écologiques 

Consciente que l’avion électrique est une musique d’avenir, EasyJet met en avant la meilleure empreinte environnementale de ses Airbus Neo, qui émettent 15% de CO2 en moins qu’un A320 classique. Des projets d’appareils hybrides ou fonctionnant au biofuel sont aussi en cours.

«L’aviation travaille sur des solutions plus écologiques. C’est loin d’être le cas dans le transport maritime, par exemple», lâche Jean-Marc Thévenaz. Quel pourcentage de son chiffre d’affaires la firme investit-elle dans les solutions durables? «Plus que des chiffres, c’est notre coopération avec des fabricants comme Wright Electric qui compte», élude le directeur.

Les modestes efforts de la compagnie, comme ceux des autres acteurs du secteur, sont encore loin de résoudre le problème. D’ici à 2035, alors que le premier avion électrique d’EasyJet se lancera – peut-être – dans les airs, le trafic aérien mondial aura déjà doublé.