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L’éclipse éclipsée

285. C’est le nombre de nuits claires sur lesquelles on peut compter en moyenne sur le site du Cerro Paranal, dans les Andes chiliennes. C’est ce chiffre (entre autres) qui a déterminé le choix de Paranal pour la construction de l’un des plus grands centres astronomiques au monde par l’ESO (European Southern Observatory).

Ce chiffre prend tout son sens lorsque l’on considère l’éclipse de vendredi passé. Pour une fois, les prévisions météo étaient favorables et on se réjouissait d’admirer une éclipse à 70%, mais patatras! Des nuages malencontreux sont venus gâcher le spectacle à 100% dans la région genevoise. Dans un sens, cela aura peut-être réconforté les malheureux qui s’étaient heurtés aux ruptures de stock des lunettes spéciales. Cela offre en tout cas une bonne occasion de comprendre pourquoi les astronomes délaissent l’Europe lorsqu’il s’agit d’implanter leurs télescopes professionnels.

Lorsqu’une quinzaine de pays joignent leurs efforts pour construire de gigantesques télescopes, il s’agit de pouvoir les utiliser le plus de nuits possible, et de pouvoir assister à des événements précis sans risquer que des nuages intempestifs empêchent de faire une observation peut-être unique dans les années à venir! D’une manière générale, la pression sur l’utilisation des télescopes est forte: moins d’une demande sur trois aboutit à une attribution de temps, pas question de laisser gâcher par une météo capricieuse ces nuits difficilement acquises!

Le choix d’un site repose donc sur des années de relevés météorologiques et climatiques: plus de six ans d’étude avant le choix de Cerro Paranal en 1990, par exemple. Le télescope géant E-ELT (European Extremely Large Telescope) de 39 m de diamètre de l’ESO sera construit à 20 km de là, après une étude qui comparait des sites dans l’Atlas marocain, les îles Canaries, l’Argentine et différents lieux au Chili. Les critères de sélection n’incluent pas seulement le nombre de nuits claires par année, mais également la présence et la force du vent, le taux d’humidité, la masse d’air. Le choix se porte donc sur des déserts d’altitude, car moins il y a de vapeur d’eau dans l’air, meilleures seront les images, et une masse d’air faible au-dessus des télescopes limite les problèmes dus à la turbulence atmosphérique.

Ainsi, si les astronomes partent observer aux îles Canaries ou à Hawaii, ce n’est pas par goût de l’exotisme: les îles volcaniques offrent également ce genre de conditions climatiques idéales. * Astronome à l’Observatoire de l’Université de Genève