En 2011 alors que le coronavirus n’était encore qu’une affaire de chauves-souris, une étude française parue dans la revue en ligne PLOS One s’était penchée sur la question des contacts sociaux dans les écoles en les mesurant avec une précision inédite grâce à un dispositif de puces à radiofréquence RFID.

L’expérience s’est déroulée durant deux jours dans une école primaire de Lyon. Elle a réuni dix instituteurs et 232 enfants âgés de 6 à 12 ans répartis dans dix classes. Chacun portait un badge avec une puce RFID au niveau de la poitrine. Celle-ci émettait des données lorsqu’une autre puce se trouvait dans un rayon d’un mètre durant au moins 20 secondes. Les chercheurs pouvaient ainsi déduire combien de contacts propices à une éventuelle transmission infectieuse de la grippe avaient lieu à l’école, aussi bien dans les salles de classe que dans la cour de récréation ou à la cantine le midi.

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Verdict: chaque jour, chaque enfant avait eu en moyenne 323 contacts avec 47 personnes, pour une durée totale de 176 minutes. Des chiffres conséquents qui donnent une idée de l’ampleur de la tâche à accomplir pour maintenir une certaine distance entre les élèves. Alain Barrat, du Centre de physique théorique de Marseille, a participé à ces travaux et les a répliqués dans des lycées, des conférences scientifiques et des bureaux, dans le cadre du projet SocioPatterns. De tous ces environnements, «les écoles primaires sont celui où nous avons observé le plus de contacts étroits», détaille-t-il.

Décaler les horaires

Le gros des contacts se fait au sein d’une même classe. Chaque élève passe en moyenne trois fois plus de temps en contact rapproché avec quelqu’un de sa classe. «Nos données vont dans le sens de ce que nombre de travaux affirment: diviser par deux le nombre d’élèves dans les classes contribue à diviser les transmissions par quatre», pose le chercheur.

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Les rapprochements entre enfants du même âge sont également privilégiés (par exemple entre deux classes de première année). Alain Barrat et son équipe ont observé peu de contacts «inter-classes» (entre petits et grands). «Mais ce sont des contacts essentiels dans la propagation d’une épidémie», affirme le scientifique. Et ce dernier de suggérer que le plus efficace serait de supprimer ces interactions inter-classes, comme il l’a établi dans un manuscrit dans lequel il a comparé l’impact de diverses mesures de mitigation dans le cadre d’une simulation numérique basée sur les données de l’école lyonnaise.

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Si l’on s’en tient à ce raisonnement, les mesures seraient plutôt simples à mettre en œuvre: instaurer des horaires décalés pour les cours et les pauses de chaque classe contribuerait à fortement réduire les interactions sociales les plus cruciales dans la propagation du virus. Avec toutefois une réserve: ces simulations ont été effectuées en supposant le virus de la grippe, et non le SARS-CoV-2, qui se transmet plus facilement par des personnes asymptomatiques, ce qui complique la donne. Alain Barrat pourrait prochainement renouveler ses calculs en considérant le coronavirus.