CLIMAT

Leçons d’une année 2016 climatiquement hors-norme

Après onze mois de records mensuels de chaleur, à quoi faut-il s’attendre pour les prochains mois? Le climatologue Martin Beniston décrypte les aléas de la météo de cette année exceptionnelle

La rengaine est presque connue: comme d’autres mois avant lui, août 2016 détient un record de chaleur. La Nasa a indiqué lundi qu’avec +0,98°C au-dessus de la moyenne calculée pour les années 1951 à 1980, août 2016 dépasse le précédent record établi en 2014 (+0,82°C). C’est donc le onzième mois d’affilée à battre un record mensuel de chaleur. La série avait débuté en octobre 2015, avec un point culminant pour le mois de février 2016 avec un niveau exceptionnel de +1,32°C par rapport à la moyenne, l’anomalie la plus importante tous mois confondus. Pour ce qui est du sol helvétique, Météosuisse indique que sur l’ensemble de la Suisse, les températures du mois d’août se sont situées 1.1°C au-dessus de la norme pour les années 1981 à 2010.

Avant cela, l’année climatique 2016 nous en a fait voir de toutes les couleurs. Hiver sans grande neige. Puis printemps avec des précipitations plus élevées que la moyenne. Les saisons reviendront-elles un jour à la normale? A quoi s’attendre pour les prochains mois? Le climatologue Martin Beniston, professeur à l’Université de Genève, décrypte les aléas de la météo de l’année.

Le Temps: A quoi sont dus les records de températures de cet été?

Martin Beniston: Nous traversons un événement El Niño assez puissant depuis quelques mois [phénomène climatique qui cause une inversion du sens des alizés soufflant dans l’Océan Pacifique, ndlr]. Ce phénomène climatique se caractérise par des températures anormalement chaudes sur une large partie de l’Océan Pacifique équatorial/tropical. Et cela sur des surfaces allant jusqu’à 30 millions de km2, de quoi injecter des quantités phénoménales de chaleur dans l’atmosphère. De ce fait, la moyenne des températures planétaires augmente de manière très perceptible. L’événement El Niño de 1997-1998 avait également mené à des pics de chaleur et abouti à ce que furent des années records au XXe siècle, en termes de températures moyennes de l’atmosphère.


– Les hautes températures de 2016 étaient-elles vraiment exceptionnelles?

– Des records de températures ont été battus en différents endroits du globe, de l’Europe, et de la Suisse, si bien que l’on peut effectivement qualifier cette année d’exceptionnelle. Ce qui est surprenant, c’est que la situation météo de ces trois dernières semaines est celle que l’on peut rencontrer plus fréquemment en juillet en en août. La configuration météorologique actuelle est presque la même que celle de début juillet 2015, lorsque les températures du 7 juillet à Genève avaient frisé les 40°C.

Pourtant, dans la saison actuelle, les nuits sont plus longues, ce qui diminue l’ensoleillement cumulé durant la journée. En conséquence, la Suisse n’atteint pas des températures au-delà de 35°C en ce début septembre, alors qu’en juillet ou en août ce seuil aurait certainement été allègrement dépassé. Plus au Sud par contre, des villes comme Madrid avec plus de 40°C, ou la région d’Aquitaine en France avec plus de 38°C, vivent un mois de septembre record et donc également exceptionnel.

– Ces températures plus élevées que la moyenne vont-elles perdurer ces prochains mois?

– Tout dépendra de la vitesse à laquelle l’influence d’El Niño va se résorber. On se dirige probablement vers la phase froide du mécanisme d’El Niño, l’événement climatique inverse baptisé La Niña [une surréaction de l’atmosphère visant à le faire revenir à son état d’équilibre, ndlr]. Cela devrait faire baisser quelque peu les températures planétaires moyennes sur un laps de temps de plusieurs mois. Cependant, ce refroidissement ne sera pas uniforme partout, puisque la baisse des températures n’est pas instantanée et que la réaction régionale aux fluctuations El Niño/La Niña peut être très différente d’une partie du globe à une autre. De ce fait, il est malaisé d’estimer s’il y a un risque ou non d’avoir un hiver plutôt froid et enneigé, comme ce fut le cas notamment en 1998-1999 lorsque La Niña a succédé à l’épisode d’El Niño de 1997-1998. Malheureusement, nos capacités à prédire la météo pour une échéance d’une ou deux saisons restent encore très limitées.

– Le printemps dernier, lui, a été particulièrement pluvieux en Suisse, ce qui a rempli les nappes phréatiques. Quel est leur état actuel, après avoir subi les chaleurs estivales?

– D’après ce que je sais, les nappes phréatiques sont dans un état correct. Certes, l’été 2016 fut chaud mais ce n’était pas une canicule durable et intense comme en 2003 ou en 2015. Certaines régions du pays, où les fluctuations de niveau de la nappe sont plus grandes que d’autres, ont peut-être pâti des chaleurs depuis la fin juin. Mais contrairement à l’année 2003, les réserves souterraines en eau ne sont de loin pas entamées.

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– Hiver avec peu de neige, printemps très pluvieux, chaleurs estivales en retard dans l’été: 2016 a connu une succession de séquences exceptionnelles. Est-ce le hasard qui fait que chacune des saisons fut «déréglée»? Ou est-ce une suite logique? Peut-on s’attendre à ce que ce dérèglement continue?

- Ce n’est pas un hasard. Une saison «perturbée» ou «anormale» aura tendance à transmettre certaines anomalies à la saison suivante. Si rien de nouveau ne vient perturber le système, les anomalies finiront par s’estomper. Difficile de dire si le dérèglement va continuer dans le même sens ces prochains mois. Mais si La Niña remplace bien le chaud généré par l’El Niño, cela ne sera probablement pas le cas.


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