Médecine

L'éducation serait bonne pour le cœur 

Plus le parcours de formation est long, moins on a de risques de développer une pathologie cardiaque, révèle une étude européenne à laquelle des chercheurs lausannois ont participé. C’est la première fois qu’un tel lien de causalité est mis en évidence

On la savait utile au développement cognitif... L’école serait-elle également un facteur de protection contre les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité dans le monde?

Si certains vecteurs de risque sont bien connus – comme la cigarette, une pression artérielle trop haute ou encore un excès de mauvais cholestérol – le niveau d’éducation semble également jouer un rôle dans la prévention des pathologies cardiaques, selon une étude co-réalisée par Julien Vaucher, médecin et chercheur au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) à Lausanne, et publiée ce jeudi dans le British Medical Journal. Et pas des moindres: pour les auteurs, chaque tranche de 3,6 années de formation en plus, qu’il s’agisse d’études secondaires, universitaires ou même d’un apprentissage, diminuerait de 30% le risque de développer une affection coronarienne au cours de sa vie.

Chaque tranche de 3,6 années de formation en plus diminuerait de 30% le risque de développer une pathologie cardiovasculaire au cours de sa vie

Mise en lumière pour la première fois à la fin des années 1960, cette association n’est certes pas nouvelle, mais des preuves tangibles manquaient pour établir une relation de cause à effet. Pour tenter d’y remédier, les scientifiques se sont appuyés sur le matériel génétique mis à disposition par de précédentes études de grande ampleur comprenant plus de 500 000 personnes. Plus spécifiquement, ils ont analysé quelque 162 marqueurs dans l’ADN, notamment impliqués dans le développement du cerveau et dont il a récemment été découvert qu’ils pouvaient prédisposer à suivre un parcours de formation plus long.

La question principale était alors de savoir si les personnes présentant davantage de variations de ces marqueurs étaient moins enclines à développer des maladies cardiaques. «En nous basant uniquement sur des facteurs génétiques qui sont par nature distribués au hasard au moment de la conception, nous avons pu nous rapprocher le plus d’une étude randomisée, c’est-à-dire lorsque les participants sont répartis de façon aléatoire entre deux groupes afin d’établir une comparaison la plus objective possible, explique Julien Vaucher. Cette technique nous a également permis d’éviter les biais liés à des facteurs confondants, comme la diète alimentaire suivie ou encore le niveau d’activité physique des participants, qui sont associés au niveau d’éducation et peuvent également jouer un rôle dans l’apparition des affections coronariennes.»

Améliorer l’accès aux études

Les résultats obtenus grâce aux données génétiques sont ainsi venus confirmer ce que de nombreuses recherches antérieures sur la question avaient essayé de prouver par l’observation. «Certains pays, dont par exemple les Pays-Bas à la fin des années 1920, ou encore la Grande-Bretagne au début des années 1970, ont décidé d’allonger légalement la durée de formation obligatoire, retrace Julien Vaucher. En observant, plusieurs années plus tard, l’impact de cette décision sur la santé des individus qui en avaient bénéficié, les autorités ont constaté que, comparés aux générations précédentes, ces derniers présentaient une diminution des facteurs de risques cardiovasculaires ainsi que de la mortalité toutes causes confondues.»

Par ailleurs, d’autres études se sont attachées à comparer l’impact de l’éducation sur la santé de vrais jumeaux partageant le même patrimoine génétique, un environnement identique durant l’enfance, mais pas les mêmes années de formation, pour aboutir à la même conclusion.

Ces résultats pourraient-ils dès lors conduire à des changements en termes de politique publique? «En Suisse, nous sommes relativement bien lotis, tempère le médecin, mais dans certains pays, comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, les débats pour savoir si l’Etat doit financer la formation des jeunes sont encore très intenses. Ce genre d’études pourrait éventuellement représenter un argument pour ceux qui militent pour un accès amélioré au système éducatif.»

Importance du statut socio-économique

Le rôle de l’éducation ne doit pas faire oublier l’importance d’un autre facteur de risque lié aux maladies cardio-vasculaires. Une méta-analyse, basée sur les données de 1,7 million d’individus, parue fin mars dans The Lancet et conduite notamment par Silvia Stringhini, maître-assistante à l’Institut de médecine sociale et préventive du CHUV, a en effet démontré de manière solide, grâce au très grand échantillon utilisé, le lien connu depuis plusieurs décennies entre le statut socio-économique et un risque augmenté de mortalité prématurée, à savoir avant 75 ans.

Les personnes ayant un statut socio-économique faible auraient ainsi un risque augmenté de 50% de mourir d’une maladie non transmissible – comme les affections coronariennes – par comparaison aux individus présentant un statut socio-économique élevé.

«Toutes les politiques de prévention concernant ce type de pathologies ont aujourd’hui tendance à s’adresser aux grands facteurs de risques connus que sont l’obésité, le diabète, le tabac ou encore l’hypertension, analyse Silvia Stringhini. Malheureusement elles oublient encore trop souvent les facteurs sociaux qui sont tout aussi déterminants.»

Publicité