Europe

L’épée de Damoclès devient de plus en plus pesante sur les scientifiques suisses

En visite à Bruxelles ce jeudi, les directeurs de l’EPFL et de l’EPFZ plaident pour la poursuite de la participation suisse à la recherche européenne au-delà de décembre 2016, en attendant une solution à l’imbroglio concernant la libre circulation avec l’Union européenne. La science suisse a été la première victime du « oui » à l’initiative « Non à l’immigration de masse » le 9 février 2014

La Suisse scientifique veut à tout prix éviter un deuxième coup d’arrêt dans sa collaboration avec le programme de recherche européen Horizon 2020. Le premier était intervenu peu après le 9 février 2014. Le peuple suisse avait alors accepté l’initiative populaire de l’UDC «Non à l’immigration de masse» qui limite la libre circulation des personnes, notamment des Européens en Suisse. En représailles, Bruxelles avait exclu les institutions suisses de ses programmes de recherche. Après des négociations, une participation partielle était entrée en vigueur le 15 septembre 2014. Le deuxième couperet pourrait tomber en décembre 2016 si d’ici là, la Confédération n’a pas signé le protocole reconnaissant la Croatie comme un pays à part entière de l’UE ou si elle n’a pas trouvé un terrain d’entente sur la libre circulation. La Suisse sera alors reléguée au statut de pays tiers.

L’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, l’EPFL, et son éponyme zurichois, l’EPFZ, les deux institutions les plus intégrées à la recherche européenne, veulent dès maintenant prévenir une exclusion totale, ce qui serait pour elles un scénario catastrophe. C’est dans ce contexte que le directeur de l’EPFL Patrick Aebischer et son homologue de l’EPFZ Lino Guzzella se sont rendus à Bruxelles ces mercredi et jeudi pour faire part de leur préoccupation. Ils ont été reçus notamment par Carlos Meodas, commissaire chargé de la Recherche, des Sciences et de l’Innovation et Tibor Navracsics responsable de l’Education, la Formation et la Culture. «Les rencontres se sont déroulées dans une très bonne ambiance et nos interlocuteurs comprennent notre situation, a déclaré le chef de l’EPFL. Ils reconnaissent aussi la valeur de la recherche suisse et sa contribution à la recherche européenne.» Et d’ajouter: «Le commissaire Meodas se ferait même l’avocat de la Suisse dans ce dossier».

Mais les principes sont têtus. Les Européens ont fait comprendre aux deux visiteurs que la participation suisse était directement liée à la question de la libre circulation. Ils ont affirmé que la balle était dans le camp de la Suisse; c’était à elle de venir avec des solutions. Tout en soulignant l’urgence de transformer le statut provisoire dont bénéficie la Suisse en une association à part entière, Patrick Aebischer et Lino Guzzella ont demandé que la collaboration puisse se poursuivre en attendant une solution politique à la question de la libre circulation en 2017.

Dans ce dossier, la Suisse est certes demandeuse. Toutefois, sa participation aux programmes européens serait également bénéfique pour l’Europe. Par exemple, l’Agence spatiale européenne, l’Observatoire européen austral ou encore le Cern sont depuis de nombreuses années des lieux d’échanges intenses entre chercheurs européens et suisses. Dans le même registre, Patrick Aebischer a expliqué que l’ouverture et le libre accès au réservoir de talents européens ont largement contribué au succès des universités en Suisse.

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