L’épidémie de grippe au plus haut

Virus Le nombre très important de consultations semble atteindre un plafond

Les experts conseillent toujours de se faire vacciner

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a publié ce mercredi les dernières statistiques de l’épidémie de grippe saisonnière. Avec une incidence de 449 consultations dues à une affection grippale pour 100 000 habitants, l’épidémie est toujours très importante mais n’a pas progressé depuis la semaine dernière. Les experts espèrent que cela marque le début de l’inflexion de l’épidémie. Malgré la faible efficacité démontrée du vaccin contre la grippe cet hiver, les médecins conseillent toujours de se faire vacciner surtout pour protéger les personnes les plus à risque.

L’incidence des consultations avec suspicion de grippe est passée de 456 à 449 pour 100 000 habitants depuis la semaine dernière. «L’incidence stagne et on espère que la tendance à la baisse s’observera dans une semaine», commente Daniel Koch, chef de la division des maladies transmissibles à l’OFSP, qui ajoute que l’on est face à une épidémie «moyenne à limite forte» pour l’instant. D’après les chiffres, la répartition selon les classes d’âge est relativement homogène avec une incidence un peu plus élevée et toujours en hausse chez les jeunes enfants. «Cette observation est normale, explique Daniel Koch. Les plus jeunes ont une immunité moins forte que les autres.»

La répartition de l’épidémie est, selon l’OFSP, largement répandue dans toutes les régions de la Suisse. «Il n’y a pas de zone plus touchée qu’une autre», précise Daniel Koch. Cependant, le spécialiste indique que ces chiffres sont à relativiser car les médecins qui déclarent les suspicions de cas ne sont pas répartis équitablement sur le territoire. «Le système de mesure repose sur un groupe de médecins qui déclarent les cas depuis vingt ans, décrit Daniel Koch. Les départs n’ont pas été remplacés pour que les données soient comparables.»

Comment les cas de grippe sont-ils comptabilisés? Un réseau appelé «Sentinella» d’environ 200 médecins volontaires à travers toute la Suisse déclare auprès de l’OFSP tous les cas de suspicion de grippe. Sur ces 200, 80 envoient aussi des prélèvements effectués sur les patients au Centre national de référence pour l’influenza des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) où la présence du virus de la grippe est testée, tout comme pour les prélèvements faits aux HUG. Cette semaine 68% des 73 échantillons reçus étaient positifs pour la grippe, c’est-à-dire que des virus de l’influenza de type A ou de type B ont été détectés. «On considère que l’épidémie commence quand les résultats des tests sont à plus de 20% positifs», explique Daniel Koch. 74% des échantillons étaient positifs la semaine dernière.

Comment expliquer que des échantillons prélevés sur des patients avec suspicion de grippe ne soient pas testés positifs? «Dans certains cas, le patient a effectivement la grippe mais le virus n’est pas présent dans le prélèvement, expose Daniel Koch. Cela peut arriver quand le prélèvement a été fait trop tard ou bien s’il n’a pas été réalisé correctement.» Il pourrait aussi y avoir un certain nombre d’infections par d’autres virus que la grippe. «Les médecins de Sentinella détectent les cas de grippe selon des critères très spécifiques, précise le responsable à l’OFSP. La fièvre doit être supérieure à 38°C, et le patient doit présenter de la toux, un mal de gorge et un état grippal général accompagné de douleurs musculaires.» «Il existe beaucoup de virus de l’appareil respiratoire qui donnent les mêmes symptômes, notamment le VRS (Virus respiratoire syncytial) qui circule actuellement», affirme Samuel Cordey, responsable du Centre national de référence pour l’influenza des HUG. Cependant les symptômes sont moins forts et durent moins longtemps que pour la grippe, précise Daniel Koch.

Est-il toujours besoin de se vacciner? On sait que cette année, le vaccin contre la grippe n’a pas une efficacité optimale; elle a été estimée à environ 23% par le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis. «Il est difficile de dire quelle est la couverture réelle de ce vaccin dans la population», nuance Daniel Koch. Selon l’expert, cela n’a pas d’effet sur la propagation du virus car peu de gens sont vaccinés en Suisse. Le vaccin permet de protéger contre l’influenza B et contre deux souches de l’influenza A, H1N1 et H3N2 qui est la souche principale circulant en Suisse. Or, le virus a muté et le sous-type de H3N2 utilisé dans le vaccin est différent. «On estime qu’une personne malade sur deux est infectée par la souche de H3N2 non couverte par le vaccin», précise Samuel Cordey qui ajoute tout de suite qu’il est quand même conseillé de se faire vacciner surtout pour protéger les personnes à risque. Il précise: «Il n’est pas rare non plus d’observer une deuxième vague de grippe causée par l’influenza B, entre la fin de février et le courant du mois de mars.»

D’autres virus de l’appareil respiratoire, tel le VRS, donnent les mêmes symptômes que la grippe