Tendez l’oreille. A votre fenêtre, depuis votre balcon ou dans votre jardin, ça piaille, gazouille, roucoule, coasse et jacasse. Depuis que le confinement a été décrété pour lutter contre la propagation du SARS-CoV-2, les oiseaux se font mieux entendre, et cela jusqu’en pleine ville. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont plus nombreux, estiment les spécialistes interrogés par Le Temps.

«C’est clairement l’absence ou la diminution des bruits habituels de la ville qui fait que l’on entend mieux les chants des oiseaux, estime Alice Cibois, ornithologue au Muséum d’histoire naturelle de Genève. Le beau temps fait également que nous sommes davantage fenêtres ouvertes, ce qui n’est pas le cas lors de printemps pluvieux. Enfin, le temps s’étire d’une autre façon et le rythme de nos vies change… Nous avons plus de temps pour regarder autour de nous et profiter de notre environnement.»

Le printemps, une période active

Moins de bruit, plus d’attention: telle serait la recette secrète nous permettant de mieux entendre les oiseaux. Un autre élément concourt à les rendre plus audibles: le début du confinement a coïncidé avec l’arrivée du printemps. «C’est une saison où les oiseaux sont particulièrement actifs, car c’est leur période de reproduction, relève Sophie Jaquier, de la Station ornithologique suisse. Les espèces migratrices, comme le pouillot fitis et les hirondelles, sont de retour. Dans les parcs, les mésanges, merles, pinsons et rouges-gorges chantent actuellement beaucoup.»

A plus long terme, le confinement va-t-il bénéficier aux oiseaux? «Dans certains endroits, comme en ville, les oiseaux pourraient tirer profit de la relative tranquillité actuelle. Mais il y a semble-t-il aussi plus de gens qui se promènent dans les zones rurales, ce qui signifie que d’autres espèces risquent d’être un peu plus dérangées. Tout considéré, le plus probable est que les événements actuels n’aient que très peu d’incidence sur les populations d’oiseaux», avance Sophie Jaquier.

Ce serait trop optimiste d’imaginer que la nature est déjà en train de reprendre ses droits. Les animaux ne changent pas leur comportement aussi rapidement

Arnaud Barras, doctorant en biologie de la conservation à l’Université de Berne

Même son de cloche du côté d’Arnaud Barras, doctorant en biologie de la conservation à l’Université de Berne et spécialiste du merle à plastron, un oiseau alpin menacé: «Je ne pense pas que le confinement, s’il demeure un événement ponctuel, aura un impact sur les effectifs d’oiseaux, car ces derniers ont un cycle de vie annuel. L’évolution de la taille des populations d’une année à l’autre est déterminée par de nombreux facteurs comme le succès de la nidification, la survie durant la migration, la météo… Il sera difficile de mettre en évidence un éventuel effet du confinement.»

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Renards en goguette, blaireaux explorateurs et canards battant le pavé… On a vu, ces dernières semaines, des images d’oiseaux et d’autres animaux sauvages s’égayant dans des rues devenues désertes. Pour Arnaud Barras, il faut éviter d’en tirer des conclusions hâtives: «Ce serait trop optimiste d’imaginer que la nature est déjà en train de reprendre ses droits. Les animaux ne changent pas leur comportement aussi rapidement. Et de nombreuses espèces ne pourront pas s’installer en ville car ce n’est pas un milieu qui leur convient, même si notre activité diminue.»

Observations à partager

Malgré ces réserves, les ornithologues se disent ravis qu’un grand nombre de personnes soient actuellement plus attentives aux oiseaux. La Station ornithologique suisse a mis en ligne diverses ressources pour faciliter l’identification des espèces les plus communes. Des observations qui peuvent être partagées avec la communauté scientifique dans le cadre de la campagne européenne #StayHomeAndWatchOut (dont le nom a a été traduit par «Confinés mais aux aguets» par la Ligue française pour la protection des oiseaux).

«Tout le monde peut participer en s’inscrivant sur la plateforme ornitho.ch, explique Sophie Jaquier. Chaque observation compte!» «Les observateurs chevronnés, qui participent régulièrement aux campagnes de comptage, se rendent plutôt dans des zones naturelles, on manque de données sur les oiseaux des villes. Donc cette campagne est vraiment intéressante d’un point de vue scientifique», confirme Arnaud Barras. Alors, que ce soit seul ou en famille, pour rythmer vos journées de télétravail ou pour changer des livres et des séries… restez confinés, et observez les oiseaux!

Consultez le mini-guide des chants d’oiseaux de l’excellent magazine nature Salamandre