palmarès

L’excellent cru scientifique de 2018

Clonage, particules fantômes ou catastrophes naturelles: l’année qui s’achève fut incroyablement riche en actualités scientifiques. Retour sur les faits de 2018 via notre sélection tout à fait subjective

Monotone, l’actualité des sciences? Pas en 2018 en tout cas. L’année apporta son lot de découvertes, de controverses, de buzz, d’inquiétudes mais aussi d’espoirs; bref, tous les ingrédients pour faire de 2018 un excellent millésime scientifique. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, rafraîchissons-nous la mémoire sur cette sélection scandaleusement subjective.

■ Heurs et malheurs de la biomédecine chinoise

En janvier, une équipe chinoise de l’Académie des sciences de Shanghai a fait sensation – et semé l’effroi – en annonçant avoir cloné des bébés primates grâce à la technique utilisée en 1996 pour la brebis Dolly. Cette percée marqua le début des frasques chinoises en matière d’éthique en 2018. En novembre, c’est autour de bébés – humains ceux-là – que naquit une autre controverse: He Jianku, de l’Université des sciences et de la technologie de Chine du Sud à Shenzhen a annoncé sur Youtube (!) avoir modifié l’ADN de deux embryons pour les rendre soi-disant immunisés contre le VIH, le père étant porteur de ce virus. L’affaire, loin d’avoir fini de faire couler beaucoup d’encre, rappelle que les ambitions chinoises en biomédecine ne s’embarrassent pas toujours de considérations éthiques et confirme que c’est vers l’Empire du Milieu qu’il faudra scruter les nouvelles percées en 2019.

■ Paillettes et strass dans l’espace

Envoyer une super grosse fusée dans l’espace, c’est bien; lui faire mettre en orbite une Tesla pilotée par un mannequin de cosmonaute, c’est mieux. Buzz intergalactique réussi pour Elon Musk et SpaceX: jamais un lancement spatial n’avait été si savamment orchestré d’un point de vue médiatique. Que c’est beau, la technologie quand ça fonctionne comme prévu! On ne peut pas en dire autant de la station spatiale chinoise Tiangong-1. Le «Palais céleste 1» a dégringolé dans l’atmosphère terrestre au-dessus du Pacifique Sud, où il s’est désintégré au terme de deux années de vol incontrôlé en orbite. Remarquez, ça fera toujours des déchets spatiaux en moins autour de la Terre. Mais pas sur Mars, où la NASA a perdu le contact avec son rover Opportunity en juin. Mars, où de l’eau liquide y a été découverte cette année, un lac présent sous la surface du pôle Sud. Il n’y a sans doute pas de quoi y trouver de la vie, mais qui a dit qu’il ne s’était rien passé de scientifiquement intéressant en 2018?

■ Une étude décisive contre Ebola

Double peine pour la République démocratique du Congo, qui a subi deux épidémies de virus Ebola, la seconde faisant toujours rage en cette fin d’année dans le Nord-Kivu. Mais dans ce sombre tableau subsiste une lueur d’espoir. Pour la première fois, les agences de santé du pays ont déployé un vaccin, le rVSV-ZEBOV, de même que plusieurs autres traitements curatifs, dans le cadre d’essais cliniques grandeur nature. Il faudra encore des années (et bien des épidémies) pour avoir les résultats complets de ces essais visant à comparer les traitements pour en déterminer le plus efficace, mais la science a peut-être engagé une manœuvre décisive contre cette maladie.

■ En physique, des apparitions et une disparition

Adieu, Stephen Hawking. Le monde a pleuré son astrophysicien préféré et sa voix de robot dont les drivers de carte son n’avaient pas été mis à jour depuis Windows 3.1. Mais a-t-il vraiment disparu? Après tout, lorsqu’une particule disparaît, c’est pour en faire naître de nouvelles, non? Prenons le pari qu’il est toujours là, quelque part dans le Cosmos, mais que les physiciens sont pour l’heure incapables de le détecter. Un peu comme pour les neutrinos en fait. Ces fascinantes particules fantomatiques – car échappant avec une facilité déroutante aux instruments – ont fait l’objet de deux articles capitaux dans Science en juillet: pour la première fois en trente ans, un détecteur a attrapé des neutrinos cosmiques «sauvages», c’est-à-dire provenant de l’espace au lieu des habituels neutrinos «artificiels» créés sur Terre. Grâce à cette source de neutrinos nouvellement identifiée – une galaxie très brillante située à 4 milliards d’années-lumière –, les physiciens ont à leur disposition une nouvelle trousse à outils pour étudier l’Univers: bienvenue dans l’astronomie multimessager.

■ Planète chauffante

On a bien rigolé jusqu’ici, mais voici venue l’heure du paragraphe où on regarde honteusement ses lacets: celui dédié au climat. Passons rapidement sur l’accord minimaliste de la COP24 signé en Pologne pour se concentrer sur l’été 2018, une saison catastrophe pour l’Europe, l’une des pires depuis le début des relevés météorologiques. En Suisse, c’était le troisième été le plus chaud depuis 1864, après 2015 et le tristement célèbre 2003. La Grèce, mais aussi la Suède et le Portugal ont été durement touchés par des feux de forêt, sans parler de la Californie. N’en déplaise aux négationnistes du changement climatique, le lien avec les catastrophes naturelles se précise, comme le suggèrent les études dites d’attribution, un domaine en plein essor en climatologie. 2018, c’était aussi le verdict du procès Monsanto: la firme agrochimique de Saint-Louis a été condamnée à indemniser le jardinier Dewayne Johnson à hauteur de 289 millions de dollars par la Cour supérieure de Californie – somme finalement ramenée à 78,5 millions peu après –, pour avoir agi avec «malveillance» en cachant le caractère potentiellement cancérogène du glyphosate.

■ Mais encore…

Impossible de faire tenir une telle année de sciences en si peu d’espace. Il y a encore eu des paralysés qui ont pu marcher à nouveau grâce à un implant développé par une équipe suisse, des souriceaux nés de parents de même sexe, sans oublier le kilogramme qui a eu droit à une redéfinition scientifique bien plus précise. Vivement 2019!

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