D’abord la prudence certes, mais aussi de l’audace. En 2020, l’Académie royale des sciences de Suède a joué sur ces deux registres pour un résultat final qui mettra tout le monde d’accord – enfin presque.

La prudence? Elle s’est manifestée lundi, lorsque la virologie a la première été à l’honneur avec trois lauréats – masculins – distingués pour la découverte du virus de l’hépatite C. En pleines turbulences pandémiques, ce Nobel prudent et logique rayonne sur tout le domaine des maladies infectieuses, sous pression depuis bientôt un an.

Prudence encore le lendemain, avec la physique et ses trois colauréats – dont une femme – primés pour leurs recherches sur les trous noirs. Là encore, aucun risque: ces objets cosmiques ne cessent d’intriguer la science et de questionner les origines de l’Univers. Et si l’on se réfère au passé, on constate que ce domaine a été récompensé au moins deux fois ces vingt dernières années (en 2002 puis en 2017).

Vint enfin l’audace, en chimie, avec un Prix Nobel décerné à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna pour l’élaboration de l’outil génétique CRISPR-Cas9, communément appelé «ciseaux génétiques» car permettant d’éditer le génome avec une précision inégalée. Le sujet en lui-même n’a rien d’audacieux: tout le monde attendait ce prix depuis plusieurs années.

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Non, l’audace du Comité Nobel vient du caractère récent de la découverte (CRISPR-Cas9 ne fut inventé qu’en 2012), quand la plupart des prix distinguent habituellement des vies entières.

Audace toujours, derrière les personnalités des lauréates, deux femmes de seulement 56 et 51 ans, autrement dit des jeunettes comparées aux crânes brillants souvent nobélisés. Rappelons au passage que ce sont les cinquièmes à recevoir ce prix en chimie après que Marie Curie et sa fille Irène Joliot-Curie ont ouvert la voie il y a un siècle.

Le volet des Nobel scientifiques se ferme donc sur des lauréats (et lauréates) qui mettront tout le monde d’accord. Ou presque, car dès l’annonce du prix de chimie, la Toile se demandait pourquoi Feng Zhang, pionnier aussi reconnu que Doudna et Charpentier, avait été écarté. Une décision audacieuse que le comité n’a pas souhaité expliquer.