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L’extension annoncée de l’ambroisie

Plante envahissante et allergène, l’ambroisie va continuer à s’étendre en Europe sous l’effet des changements climatiques, d’après une nouvelle étude

L’avance annoncée de l’ambroisie

Allergies Cette plante envahissante très allergène va encore progresser en Europe sous l’effet des changements du climat

L’exemple de la Suisse prouve qu’il est possible de la contenir

Mais où s’arrêtera l’ambroisie? Cette plante envahissante et très allergène pousse déjà dans de nombreux pays européens dont la Suisse. A l’avenir, elle risque de s’étendre encore davantage, si on en croit une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Climate Change le 25 mai. Selon les évaluations des scientifiques, les concentrations en pollen d’ambroisie pourraient quadrupler en Europe d’ici à 2050. Un phénomène largement imputable aux changements climatiques.

Originaire d’Amérique du Nord, l’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) s’est répandue à travers le monde au cours des dernières décennies. On la trouve désormais en Australie, en Asie et en Amérique du Sud, mais aussi en Europe; elle est particulièrement bien implantée en France dans la région de Lyon, mais aussi dans le nord de l’Italie et en Hongrie. En Suisse, des colonies d’ambroisie se sont installées à la fin du siècle dernier dans les cantons de Genève et du Tessin, tous deux frontaliers de zones fortement touchées.

L’arrivée de l’ambroisie est une mauvaise nouvelle pour les personnes sensibles. «Dans les zones où ces plantes sont abondantes, leur pollen constitue le principal allergène, devant les autres pollens comme celui des graminées», explique Bernard Clot, ­responsable de l’équipe d’aérobiologie à MétéoSuisse. Au menu pour les personnes allergiques à l’ambroisie: rhinites, conjonctivites, trachéites et crises d’asthme potentiellement graves…

La plante doit en grande partie son succès à l’être humain. Ce dernier favorise en effet la dissémination de ses graines, transportées d’un endroit à un autre par les engins agricoles ou de chantier. Des graines d’ambroisie sont aussi fréquemment vendues dans des mélanges pour nourrir les oiseaux. L’ambroisie profite par ailleurs des perturbations de l’environnement: elle n’aime rien tant que les zones en friche où elle peut s’établir sans la concurrence d’autres plantes.

Plusieurs études ont déjà montré que cet envahisseur allait profiter des changements climatiques. Le réchauffement favorise en effet son extension vers le nord, en y créant des conditions favorables. «Par ailleurs, le CO2 émis dans l’air par les activités humaines a un effet fertilisateur sur l’ambroisie, qui pousse plus vite et produit davantage de pollen», indique Robert Vautard, climatologue au Commissariat français à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), l’un des auteurs de l’étude publiée dans Nature Climate Change.

Afin de mieux cerner la menace, le chercheur et son équipe ont bâti des modélisations informatiques de la contamination future de l’air par le pollen d’ambroisie. Ils se sont basés pour cela sur deux critères: l’évolution du climat et celle de la diffusion des graines vers de nouveaux territoires. Ils ont ainsi montré que les concentrations en pollen d’ambroisie dans l’air allaient être multipliées en moyenne par quatre en Europe d’ici à 2050 – ce facteur d’accroissement pouvant être compris entre 2 et 12 selon les scénarios considérés.

«Tous nos scénarios pointent en tout cas vers une expansion claire et nette de l’ambroisie», affirme Robert Vautard. Concrètement, cela signifie que des régions jusqu’alors dépourvues d’ambroisie seront touchées dans le futur, tandis que la concentration de l’air en pollens risque d’empirer dans les zones où la plante est déjà présente.

Faut-il s’inquiéter de ce prévisible raz-de-marée d’ambroisie? «Cette étude sérieuse constitue une mise en garde qui devrait être entendue par les pouvoirs politiques», estime Bernard Clot. Et celui-ci de rappeler qu’il est possible de lutter contre l’envahisseur, quand les efforts sont entrepris suffisamment tôt, dès l’installation de la plante dans un nouveau territoire, mais aussi dans la continuité. «C’est ce que montre l’exemple suisse, souvent cité à l’étranger, puisque nous sommes parvenus à limiter la progression de cette plante grâce à des mesures touchant le milieu agricole et la vente de graines», relate le spécialiste des pollens.

«Une fois l’armoisie bien établie, il est difficile de l’éradiquer», confirme Robert Vautard. Seul un petit scarabée du nom d’Ophraella semble capable de la déloger. Utilisé en lutte biologique en Chine et en Australie, il est arrivé il y a peu en Italie du Nord, où il a contribué à faire baisser drastiquement les concentrations de pollen d’ambroisie dans l’air.

«Le CO2 émis dans l’air par les activités humaines a un effet fertilisateur sur l’ambroisie»

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