Cet été, «Le Temps» souffle le chaud et le froid en examinant un vent. 

Episodes précédents:

Certes la bise fatigue et le foehn rend fou (voir épisodes précédents). Mais que diriez-vous si un vent chargé de poussières s’imposait régulièrement entre vous et le monde en s’infiltrant dans votre maison et dans vos poumons? Les méfaits de l’harmattan sont trop peu connus de ce côté-ci du monde, alors que cet alizé continental prélève chaque fois qu’il passe des livres de chair.

Un alizé est un vent régulier des régions intertropicales (entre les parallèles 23°27 nord et 23°27 sud), soufflant d’est en ouest de façon régulière des hautes pressions subtropicales vers les basses pressions équatoriales. «Alizé» transporte avec lui des images de vent doux, de voyages et de fleurs exotiques. C’est un prénom pour les filles, la publicité aussi s’en est emparée. Les alizés comme l’harmattan n’ont pourtant rien qui fasse rêver et ce vent sec chargé de particules poussiéreuses venant du Sahara est même une calamité au Sénégal, au Mali, en Guinée, au Nigeria, au Burkina Faso ou en Côte d'Ivoire, ces pays de la zone soudano-sahélienne régulièrement condamnés à vivre sous son règne.

Activités en berne

L’harmattan est chaud en journée et plus froid la nuit, et dessèche tout sur son passage, soufflant principalement pendant l’hivernage, de décembre à la mi-mars. Il fait tellement partie du paysage que l’on ne l’évoque plus beaucoup en tant que tel – sauf lorsqu’en période de pic il souffle en fortes tempêtes en dispersant sa poussière faite de sable saharien et qui, sur son passage, agrège aussi fleurs sèches, pollen, plumes d’oiseaux, accompagnés de microbes, de virus, de parasites, de champignons microscopiques.

Cette fine pellicule peut recouvrir vitres et voitures et obscurcir l’horizon – parfois on n’y voit plus à 25 mètres. L’harmattan peut clouer les avions au sol tant la visibilité est mauvaise, ruiner des plantations de cacao en desséchant les cabosses. Il bouleverse les activités socio-économiques – parfois les écoles doivent fermer – et surtout, il consterne les pneumologues, bien impuissants devant les sinus desséchés, les rhumes, les grippes, les asthmes qui s’aggravent, voire les tuberculoses. L’OMS a même mis en évidence dès les années 1960 une «ceinture méningitique» dans une bande allant du Sénégal à l’Ethiopie: des études y ont établi une corrélation robuste entre transmission de la maladie et vitesse du vent.

L’harmattan souffle moins fort depuis les années 2000 sans qu’on sache expliquer ses fluctuations. Il n’est même pas sûr que la nouvelle soit vraiment bonne: il pourrait s’agir d’un effet du dérèglement climatique, selon certains climatologues.


Grand merci à Jean-Michel Fallot, de l’Université de Lausanne, et à Lionel Fontannaz, de MétéoSuisse, pour leurs précieux conseils.