Climat

Dans l'Himalaya, les changements climatiques à l'origine de la multiplication des avalanches

Une étude de l’Université de Genève a démontré une hausse de la fréquence d’avalanches dans la plus haute chaîne de montagnes du monde au cours des cinquante dernières années 

Le réchauffement climatique frappe aussi l’Himalaya. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la plus haute chaîne de montagnes du monde subit des changements manifestes. Comme ailleurs, les glaciers fondent et le pergélisol s’amincit. Publiée dans la revue PNAS, une étude menée à l’initiative de la DDC par des chercheurs de l’Université de Genève a également révélé une corrélation entre une hausse des températures et l’augmentation de la fréquence et de la puissance des avalanches.

Les chercheurs se sont concentrés sur une région de l’Etat indien de l’Himachal Pradesh où le gouvernement est en train de construire une route reliant les régions de Leh et de Manali et de percer pour ce faire l’un des plus grands tunnels du sous-continent. Markus Stoffel, professeur à l’Institut des Sciences de l’Environnement (ISE) de l’Université de Genève explique au Temps ses recherches menées sur le terrain entre 2013 et 2015.

Le Temps: Comment avez-vous reconstitué les avalanches du passé?

Markus Stoffel: Notre méthode se fonde sur l’étude des cernes des arbres, appelée la dendrochronologie. Par leur morphologie, les arbres témoignent des chocs qu’ils ont subis au cours de leur existence. Certains portent des cicatrices sur le tronc, d’autres sont penchés, certains sont en forme de candélabre. Ces arbres, que l’on a identifiés dans des lieux marqués par la présence d’avalanches ont été échantillonnés par carottage et comparés à d’autres arbres, dits de référence, qui n’ont pas été affectés. Il est ainsi possible, en analysant leurs cernes de croissance et leurs blessures, de dater chaque événement, ainsi que la dynamique et l’étendue de l’avalanche sur un versant boisé.

Lire aussi: Dans l’Himalaya, sous les yeux de la déesse mère des vents

Pourquoi avoir eu recours à cette approche et non à des données historiques?

En Inde, les observations météorologiques et climatiques en montagne sont gérées par le Ministère de la défense et servent à l’armée indienne dans le contexte du conflit qui l’oppose au Pakistan. Autant dire que pour nous, étrangers, elles sont inaccessibles. Mais sans données historiques et une compréhension adéquate des processus, il nous est impossible de prévoir les événements et d’évaluer les dangers autour de la future route (ndlr: reliant Leh et Manali).

Selon vos résultats, l’année 1970 marque un clair changement dans la fréquence des avalanches. Pourquoi?

Oui, cela est dû aux températures qui ont sensiblement augmenté entre le début et la fin du XXe siècle. Cela a multiplié par dix la fréquence des avalanches. De plus, leur dynamique a changé. Dans la période antérieure aux années 1970, les avalanches recensées étaient essentiellement constituées de neige poudreuse. Le terrain d’étude n’est toutefois pas propice au déclenchement d’avalanches en aérosol. Les températures augmentant, de plus en plus d’avalanches de neige mouillée, plus destructrices, se sont manifestées.

Qu’allez-vous faire de ces observations?

Cela nous a permis d’acquérir plus de connaissances. Pour la suite, les décisions reviennent aux autorités locales qui décideront comment agir. L’idéal serait d'avoir recours aux mêmes méthodes de prévention des dangers qu’en Suisse – interdiction de construction dans les zones les plus touchées, minage, construction de galeries ou de paravalanches – afin de protéger la route en question et la population locale.

Publicité