Cet été, «Le Temps» portraiture quatre célèbres cadavres antiques bien conservés pour des raisons assez différentes les unes des autres

Ils partirent récolter de la tourbe, ils revinrent avec une momie. Le 6 mai 1950, dans la tourbière de Bjældskovdal, à une dizaine de kilomètres de Silkeborg dans le centre du Danemark, les frères Viggo et Emil Hojgaard font avec leur mère Grethe une lugubre découverte: leurs pelles mettent au jour un corps humain recroquevillé en position fœtale. Le cadavre semble si frais que la police pense d’abord à un meurtre récent. En constatant que le corps gisait sous deux mètres de tourbe, sans trace d’excavation à proximité, elle comprend vite qu’il s’agit d’une mort beaucoup plus ancienne et confie l’affaire aux scientifiques du musée de Silkeborg, qui mettent la main sur l’une des plus fascinantes momies naturelles connues.

L’homme de Tollund – du nom du village des deux frères – est dans un incroyable état de conservation, préservé de la décomposition grâce au milieu acide et peu oxygéné des tourbières. Celles-ci constituent un écosystème formé par l’empilement plurimillénaire de débris de matière organique morte. Quoique atrophiés, les organes de l’homme sont toujours en place, ce qui fait de ces corps des momies naturelles, et non le résultat de techniques funéraires d’embaumement comme en Egypte.