Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La leucorrhine à gros thorax, l’une des deux libellules rares qui viennent de réapparaître à la vallée de Joux.
© Alain Maibach

Biodiversité

Les libellules sont de retour dans le canton de Vaud

Deux espèces rares de libellules ont fait leur réapparition à la vallée de Joux après des décennies d’absence. C’est le fruit d’un projet cantonal lancé en 2015 pour régénérer leurs milieux naturels

Une faible présence de deux espèces de libellules, proches de l’extinction en Suisse, vient d’être de nouveau observée dans le canton de Vaud. Celui-ci, avec sa direction générale de l’Environnement (ou DTE), y voit un signal positif montrant que les différents travaux mis en place depuis 2015 commencent à porter leurs fruits.

«Deux espèces de libellules très rares, la leucorrhine à gros thorax et le leste dryade, ont été aperçues cette année à la Sagne du Campe, à la vallée de Joux», se réjouit Catherine Strehler Perrin, cheffe de la division biodiversité et paysage de la DTE. «Elles sont des dizaines à être revenues, ce qui prouve que notre stratégie de régénération des tourbières est efficace.» Le projet mené par la DTE consiste à rétablir les milieux naturels d’antan pour favoriser le développement de la flore et la venue de la faune. «Nous avons réussi à recréer des conditions qui sont favorables aux libellules!», se félicite le biologiste Alain Maibach, un odonatologue (ou scientifique étudiant l'ordre des odonates, insectes prédateurs au corps allongé) qui a observé leur retour. Les interventions de la DTE dans la commune du Chenit, financées par la Confédération et le canton, ont coûté 230 000 francs.

Filles des tourbières

La plupart des tourbières de Suisse ont été fortement exploitées au cours du siècle passé. La DTE a réalisé un inventaire des milieux qui ont un rôle primordial dans le maintien d’espèces particulières. Pour les régénérer, elle fait appel au bureau d’études en environnement A. Maibach, qui contrôle l’écoulement d’eau. «Dans une tourbière, c’est très complexe. On pose des tubes et on revient pour observer sa vitesse et sa fluctuation durant l’année. C’est un vrai travail de précision et de connaisseur», détaille le spécialiste.

Son objectif: faire remonter le niveau d’eau dans les tourbières pour faire redémarrer la production naturelle de tourbe. Une méthode qu’il réplique dans les cantons de Vaud, Neuchâtel et Jura. «On vient placer aux bons endroits des barrages sur les fossés créés à l’époque. Son équipe identifie les zones d’écoulements d’eau potentiels pour pouvoir les obturer et en garder un maximum. «On mélange des copeaux de bois et de la sciure, qu’on transporte par hélicoptère. Une fois versé, ce mélange va gonfler et avoir les mêmes caractéristiques que la tourbe. C’est une sorte de pansement.»

Des bio-indicateurs

Cette renaissance artificielle est indispensable pour donner un coup de pouce à Dame Nature. Les libellules sont attirées par les espaces humides légèrement ensoleillés et entourés de végétation non fauchée pour pouvoir y déposer leurs œufs. Elles s’installent dès qu’elles trouvent des conditions favorables à leur reproduction. «Ce sont des prédateurs d’autres espèces d’insectes, qui vont limiter par leurs actions les populations de moustiques ou de taons, par exemple. Elles ont elles aussi des prédateurs: elles sont destinées à être mangées par des oiseaux ou par d’autres libellules. Mais ce sont surtout de véritables baromètres, car si le milieu n’est pas en bonne santé, elles disparaissent», résume le biologiste. C’est pour cette raison que les libellules sont utilisées comme «bio-indicateurs», des indicateurs de la qualité du milieu.

La difficulté principale pour pouvoir entamer ces travaux de régénération «est de convaincre les propriétaires ou exploitants agricoles de l’importance de ce projet. Nous avons besoin de leur autorisation et certains chantiers sont en veille, car la discussion n’a pas encore abouti», regrette Catherine Strehler Perrin. Ces négociations ne sont pas les seuls freins à la sauvegarde des espèces. Les zones inventoriées par la DTE ne représentent que 0,003% du territoire suisse. «Tout le monde peut agir à son échelle. Les propriétaires de terrain peuvent aménager un petit plan d’eau, sans poissons, pour attirer les libellules. Même s’il s’assèche, cela convient à certaines espèces», précise-t-elle. Les tourbières du pays se sont formées en 12 000 ans, «mais il a suffi de quelques dizaines d’années pour les détruire», résume Alain Maibach. «Pour les conclusions finales, rendez-vous dans 10 000 ans!»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sciences

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

Chaque année, 350 millions d’hectares de forêts, friches et cultures sont ravagés par des incendies, soit la taille de l’Inde. L’astronaute allemand Alexander Gerst partage sur Twitter sa vue panoramique sur le réchauffement climatique depuis la Station spatiale internationale

Sécheresse et feux de forêts vus de l’espace

This handout picture obtained from the European Space Agency (ESA) on August 7, 2018 shows a view taken by German astronaut and geophysicist Alexander Gerst, showing wildfires in the state of California as seen from the International Space Station…
© ALEXANDER GERST