Plus de 40 000 chercheurs et médecins sont réunis depuis vendredi à Chicago pour assister au grand congrès annuel de la Société américaine d’oncologie clinique (ASCO). L’occasion pour certains d’entre eux de présenter des résultats d’essais cliniques très attendus sur l’efficacité de nouveaux traitements par immunothérapie. Cette dernière consiste à «réveiller» le système immunitaire qui est programmé pour ne pas détruire les cellules de son propre corps, ce qui pose problème pour le cancer qui provient de nos cellules. L’immunothérapie est une piste intéressante suivie depuis longtemps par les chercheurs; elle pourrait être rapidement combinée aux chimiothérapies conventionnelles selon les experts.

Des médecins britanniques ont présenté dimanche les résultats d’un essai clinique (phase III) testant l’efficacité de l’association de deux immunothérapies, l’ipilimumab et du nivolumab, dans le traitement de cas avancés de mélanome, forme très sévère de cancer de la peau. L’étude menée chez 945 patients a révélé que dans 58% des cas, la progression de la maladie a été stoppée pendant 11,5 mois en moyenne . Chez les patients qui ont répondu au traitement, les chercheurs ont observé soit une stabilisation de la taille de la tumeur, soit sa réduction d’environ 30%. Les résultats, publiés dans la revue New England Journal of Medicine , ont aussi démontré que l’ipilimumab seul avait un effet sur la progression de la maladie. Sa prise a bloqué la progression de la maladie chez 19% des personnes traitées pendant 2,5 mois en moyenne (contre 44% pour le nivolumab seul).

«En combinant ces deux médicaments, on lève de manière efficace deux freins du système immunitaire au lieu d’un seul, a commenté pour la BBC James Larkin, consultant à l’Hôpital Royal Marsden de Londres et auteur principal de l’étude. Les globules blancs peuvent donc reconnaître les tumeurs qui ne l’étaient pas auparavant, réagir et les détruire.»

Le site de la BBC news indique que l’ipilimumab a été approuvé comme traitement contre les mélanomes de stade avancé depuis 2014 en Grande-Bretagne. L’ipilimumab est donné en intraveineuse tous les trois mois et coûte environ 100 000 livres sterling (140 000 francs) pour une année de traitement. Le nivolumab est pris toutes les deux semaines jusqu’à ce que les effets cessent. La firme Bristol-Meyers Squibb produit ces deux médicaments.

Des effets secondaires importants

Cependant, plusieurs éléments nuancent les résultats. «Nous espérons que ces réponses précoces seront durables, mais pour le moment nous n’en savons rien», a concédé James Larkin à la BBC.

De plus, presque la moitié des patients qui ont reçu la double immunothérapie ont développé des effets secondaires sévères comme de la fatigue, des irritations cutanées et des diarrhées. Près de 25% des patients traités avec seulement l’ipilimumab ont montré des effets secondaires.

Enfin, certains participants ont très bien répondu au double traitement alors que d’autres n’ont pas répondu du tout. Jedd Wolchok, chef du service sur le mélanome au Memorial Sloan Kettering Cancer Center à New York qui a mené l’étude, a rapporté à l’ATS que «des malades porteurs de marqueurs génétiques spécifiques de la tumeur paraissent bénéficier le plus de ce cocktail, tandis que d’autres ont des effets tout aussi puissants avec le nivolumab seul». Il a ajouté: «Les médecins pourront ainsi savoir quelle option de traitement est la plus efficace selon les patients.»

Nivolumab et cancer du poumon

Un autre essai clinique, dont les résultats ont aussi été publiés dans la revue New England Journal of Medicine et présentés à Chicago samedi, a testé l’efficacité du nivolumab dans le traitement d’un type de cancer du poumon dit non épidermoïde non à petites cellules chez des patients en échec thérapeutique après une première chimiothérapie. A ce jour, les médecins donnent du doclétaxel, une autre chimiothérapie donnée de deuxième intention. «Mais le pronostic pour ces patients reste mauvais, a expliqué Gérard Zalcman, pneumo-oncologue au CHU de Caen, pour le magazine de santé Pourquoi docteur . Et cette chimiothérapie présente un rapport bénéfices/toxicité qui pose problème.»

Pour l’essai, 292 patients ont bénéficié de nivolumab à la place du doclétaxel. Les résultats ont montré que, par rapport à la chimiothérapie, ils ont déclaré moins d’effets secondaires et leur survie a augmenté de 3 mois en moyenne. «Même si ces immunothérapies ne fonctionnent que pour un certain nombre de patients, elles fonctionnent mieux et plus longtemps…», a commenté Fabrice Barlési, pneumo-oncologue à l’Hôpital nord de Marseille et coauteur de ces travaux, à Pourquoi docteur. Ces résultats confirment l’efficacité déjà observée du nivolumab dans le traitement du cancer du poumon dit «non à petites cellules épidermoïde» et présentant des métastases.