Force phénoménale, odorat décuplé, arme chimique, discipline de fer, stratégies affûtées, les fourmis sont capables de s’organiser en systèmes sociaux d’une rare complexité. Après les dinosaures, ces minuscules bestioles sont à l’honneur au Muséum de Genève, qui célèbre cette année son 50e anniversaire. Après avoir découvert les caractéristiques générales de cet insecte ainsi qu’une partie de la plus importante collection de fourmis au monde, celle du myrmécologue vaudois Auguste Forel, une surprise attend les visiteurs à la fin du parcours. Une fourmilière vitrée géante prêtée par le zoo de Thoiry en France dévoile le comportement de plus d’un million d’ouvrières de l’espèce Atta cephalotes.


Ces fourmis sont très abondantes en Amérique du Sud, principalement en Amazonie, mais aussi aux Antilles et dans les forêts humides de l’extrême sud des Etats-Unis. A. cephalotes est une «coupeuse de feuilles» aux puissantes mandibules, aussi appelée «fourmi parasol» à cause de la manière dont elle transporte les fragments de feuilles.

Une reine unique

L’organisation de la colonie est basée, comme chez les abeilles, sur le modèle d’une unique reine ayant la capacité de pondre et de nombreuses ouvrières stériles. Les nouvelles reines quittent leur colonie pour essaimer et se reproduire dans les airs. Une fois la fécondation effectuée, elles s’enfouissent dans le sol, perdent leurs ailes, pour commencer la fondation d’une nouvelle colonie. Avec une taille dépassant les 2 cm, la reine Atta, est l’une des plus grandes de toutes les espèces. Tout au long de sa vie, elle peut pondre et engendrer des millions d’ouvrières.

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Grâce à des loupes, les visiteurs peuvent observer de près les allées et venues des ouvrières dans de longs corridors vitrés. Ces dernières accomplissent quelque 29 tâches différentes. Les Atta cephalotes sont dites champignonnistes car elles cultivent un champignon nourricier à partir d’un compost formé de fragments de feuilles, à l’intérieur duquel la reine se confine. La fonction des ouvrières varie selon leur taille. Les minors (2-5 mm) cultivent le champignon, nourrissent les larves et nettoient le nid. Déposé dans les alvéoles de la masse spongieuse, le couvain s’alimente de la moisissure qui les entoure.

Les médias (5-10 mm) récoltent de la matière végétale et participent à la construction et à la rénovation de la fourmilière. Au fur et à mesure que les feuilles sont apportées, la masse du champignon augmente. Quant aux majors (10-15 mm), ou soldats, elles jouent le rôle de sentinelles. Elles se postent en général sur les chemins d’approvisionnement, prêtes à repousser tout intrus. Tout un univers en miniature qui fascinera les enfants autant que leurs parents.


L’exposition «Fourmis» est à voir jusqu’au 7 janvier 2018 au Muséum de Genève.