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Santé

L’inflammation chronique, tueuse silencieuse

Réaction normale du système immunitaire, l’inflammation, lorsqu’elle devient persistante, peut favoriser l’apparition de maladies rhumatismales mais aussi cardiaques ou cancéreuses

Elle est sans conteste notre meilleure ennemie. Une arme à double tranchant pouvant tout à la fois nous sauver la vie ou nous rendre gravement malade. L’inflammation, ce processus naturel permettant de se débarrasser d’envahisseurs tels que bactéries, virus et parasites, peut, dans certaines conditions, se retourner contre notre organisme et rentrer dans une phase anormale perdurant plusieurs semaines, voire de nombreuses années ou toute la vie. On parle alors d’inflammation chronique.

Longtemps sous-estimée par la communauté scientifique, l’inflammation chronique, qui peut toucher autant les articulations que les vaisseaux, est depuis quelques années au centre de nombreuses recherches. Outre les douleurs parfois importantes qu’elle génère, on sait désormais qu’elle peut favoriser l’apparition de plusieurs maladies graves. Thomas Hügle, chef du Service de rhumatologie du CHUV, à Lausanne, en a fait le thème de sa leçon inaugurale jeudi 1er mars.

Lire aussi: «La douleur chronique déchire la vie»

Le Temps: Par quels mécanismes l’inflammation chronique peut-elle devenir le moteur de maladies graves?

Thomas Hügle: Dans le maintien chronique d’une inflammation, il y a un phénomène de cicatrisation pathologique qui s’installe, que l’on appelle fibrose ou sclérose. La proportion de collagène [une protéine naturellement présente dans nos tissus, qui leur confère leur élasticité, ndlr] a alors tendance à augmenter dans l’organisme. C’est par exemple le cas dans l’arthrite rhumatoïde, une maladie auto-immune fréquente qui ne se limite pas uniquement aux articulations mais peut également toucher d’autres zones du corps, comme les poumons. Cette production excessive de collagène peut conduire, à terme, à un dysfonctionnement, voire la perte de l’organe concerné.

Certaines inflammations se manifestent de manière diffuse, par le biais de symptômes atypiques, comme de la fatigue ou une anémie

Par ailleurs, une inflammation qui perdure est en mesure d’augmenter le processus de coagulation, tout comme le dépôt cellulaire de cholestérol, raison pour laquelle le risque de maladies ou d’accidents cardiovasculaires s’en trouve renforcé. On sait également qu’en facilitant la transformation de cellules anormales en cellules cancéreuses, l’inflammation peut jouer un rôle dans l’apparition de cancers, comme les lymphomes.

Est-ce pour cela que vous qualifiez ce phénomène de «tueur silencieux»?

En effet. Certaines inflammations se manifestent de manière diffuse, par le biais de symptômes atypiques, comme de la fatigue ou une anémie. Elles sont donc difficiles à diagnostiquer. Une inflammation chronique des grands vaisseaux, comme l’aortite, peut traîner longtemps sans que la personne touchée ne s’en aperçoive vraiment. C’est pourquoi il est primordial, lorsque l’on trouve des signes d’inflammation dans le sang, de ne pas sous-estimer cet élément, d’en trouver rapidement la cause puis de proposer un traitement adapté, qu’il s’agisse d’antibiotiques en cas d’infection, de la cortisone ou de traitements extrêmement ciblés à base d’anticorps dans les maladies auto-immunes.

Quels sont les facteurs contribuant à la survenue d’une inflammation chronique?

Des prédispositions génétiques, par exemple une altération sur le gène HLA-B27, peuvent favoriser l’apparition de maladies rhumatismales inflammatoires telle que la spondylarthrite. Le tabagisme, l’hypertension artérielle ou certaines maladies auto-immunes touchant par exemple la thyroïde, sont également en mesure d’engendrer une inflammation chronique, tout comme l’obésité, la sédentarité ou le stress. Par ailleurs, des facteurs environnementaux, comme la présence de moisissures à l’intérieur de la maison, peuvent aussi être en cause.

L’intestin joue également un rôle important…

Absolument. Il faut savoir que les milliards de bactéries qui composent notre flore intestinale, que l’on appelle le microbiote, vivent dans une forme de symbiose très délicate avec le reste de notre organisme. S’il y a un déséquilibre, une inflammation peut survenir. Dans ce sens, je suis persuadé que notre alimentation joue un rôle important. Les glucides que l’on consomme souvent en excès, sont connus comme étant des aliments pro-inflammatoires. Certaines études ont ainsi montré qu’ils pourraient favoriser l’apparition de maladies auto-immunes, comme l’arthrite ou la sclérose en plaques. Une hypersensibilité ou une intolérance au gluten ou au lactose sont également vectrices d’inflammation pouvant conduire à des douleurs osseuses et de la fatigue.

Faudrait-il également limiter les aliments à forte teneur en acidité, comme le préconisent certains diététiciens?

Ce type de diète n’est, selon moi, pas pertinente car le corps possède naturellement plusieurs mécanismes en mesure de maintenir le bon équilibre acido-basique de l’organisme. Il est par contre très important de suivre un régime alimentaire équilibré, avec un apport suffisant en fruits et légumes et donc en vitamines, particulièrement en vitamine D et en antioxydants. Une nourriture riche en fibres peut également être bénéfique en présence d’arthrose.

Lire également: «Certaines personnes ont perdu la capacité à réprimer la douleur»

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