Les automobilistes devinent peut-être, en passant sur l’autoroute, ou par la route du lac, qu’il se passe quelque chose. Les grues pullulent, les panneaux de chantier se succèdent. Mais puisqu’une grande partie du campus lausannois se trouve en retrait des axes routiers, parfois même du M1 (ex-TSOL), la folle expansion en cours n’est pas immédiatement perceptible. A moins d’emprunter les chemins du campus.

Ce site qui, disait récemment la conseillère d’Etat vaudoise ­Anne-Catherine Lyon, a bénéficié «d’investissements impressionnants» au fil des décennies. Pour l’Université, et en ne comptant que les frais de construction, l’effort total s’est monté à 700 millions de francs jusqu’ici.

Ces dix dernières années, le site universitaire de Lausanne, le seul de Suisse à bénéficier d’une telle unité de lieu, a connu un bond sans précédent. Des départements encore disséminés dans la ville, comme l’architecture de l’EPFL, ont rejoint les bords du lac, de même que l’Institut de recherche expérimentale sur le cancer. L’Université réorganise aussi ses équipes, avec une nouvelle répartition entre Dorigny, Bugnon-CHUV et Epalinges.

S’agissant des chantiers, on ne compte plus les nouveaux édifices. A ce titre, le Rolex Learning Center ne constitue qu’une étape parmi d’autres, puisque la cadence ne ralentira pas. Les inaugurations s’échelonneront au moins jusqu’à 2013. Les constructions entreprises par l’EPFL, sans que l’Etat y mette un sou (les logements pour étudiants, l’hôtel, le Centre de congrès) auront représenté une injection de 500 millions de francs.

Il y a déjà eu quelques réalisations d’importance ces dernières années. Entre autres, en 2004, l’Université a ouvert son Amphimax, qui a permis de pallier le manque de grands auditoires. Il y a juste cinq ans, l’EPFL a pris ses quartiers dans un bâtiment dédié aux communications, remarqué par son élégance signée Rodolphe Luscher, ainsi que par le fait, fort rare, qu’il avait coûté 12 millions de francs de moins que prévu. Et en 2007, l’académie ­s’offre une extension à l’est avec l’Extranef.

Cela va continuer, donc. Par la suite, du côté de l’EPFL, les travaux porteront sur la «réhabilitation du front sud», indique Pierre Gerster, à la direction de la planification. Le projet concerne en particulier la bibliothèque, sise désormais dans le Learning Center, ainsi que la halle des matériaux, qui se trouvent toutes deux à proximité de la grande pelouse centrale. Elles seront reconverties, notamment pour la bio-ingénierie. Les crédits ont déjà été votés par les Chambres. La place centrale va faire l’objet d’un remaniement complet, avec la création d’une entrée sud du campus pour les automobilistes, conduisant au parking du Learning Center.

A l’Université, on se fait du souci pour l’Ecole des sciences criminelles, actuellement hébergée dans l’attique du Batochime. «Ils étouffent», dit Jean-Paul Dépraz, vice-recteur aux ressources humaines et infrastructures. La croissance ininterrompue de la criminologie et de la police scientifique – en étudiants, mais aussi en nombre de mandats, projets, expertises – pourrait justifier une future construction. Bien sûr, d’autres idées, d’autres besoins se font entendre de la part des scientifiques. On évoque par exemple un futur centre de calcul commun à l’UNIL et à l’EPFL. Mais les nuages noirs s’amoncellent sur les finances publiques.

Et puis, il faut se déplacer, dans cette vaste zone. Ce qui, pour l’heure, n’a rien d’évident, malgré le caractère bucolique de cette semi-campagne. Le site n’ayant pas été remanié depuis longtemps – il présente même un abord franchement rébarbatif du côté EPFL – les aménagistes se mettent à la planche à dessin. La Faculté d’architecture fait phosphorer ses étudiants pour trouver de nouvelles voies de circulation pour une petite cité, l’EPFL, dont les cheminements ont d’emblée été conçus à rebours du bon sens.

La mobilité occupe les esprits. Longtemps, l’idée était de recycler le concept de la Serpentine, le moyen de locomotion par voitures-capsules. Elle n’est pas abandonnée, mais il faudrait une capacité accrue. Pierre Gerster évoque le scénario d’une navette, «un shuttle, constitué de véhicules électriques basés sur un autoguidage».

Le M1 irriguant le site par le nord, les hypothèses à propos d’un nouveau moyen de transport se reportent vers le sud. «Il faudrait que le nouvel axe puisse drainer vers le sud, en débordant du périmètre du campus», juge Jean-Paul Dépraz. En attendant, étudiants et enseignants bénéficient d’un réseau de vélos en libre-service. C’est un début.